Genèse du roman (suite)

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Deuxième version (1928-1929)

La deuxième version du roman ne montre pas de changements notables comparés à la première. Quelques fragments ont été ajoutés aux quatre premiers chapitres et à la fin du chapitre 7 avec l'histoire de Poroty, qui devient Bossoï plus tard. Le buffetier et le choeur hypnotisé entrent dans le roman aussi. L'histoire de Pilate et Jésus est prolongée avec quelques épisodes, parmi lesquels la mort de Judas et les pensées de Pilate sont plus aproffondis aussi.

Au printemps de 1930 Boulgakov a détruit les deux premières versions de son roman. C’était la période que ses pièces de théâtre étaient interdits complètement et qu'il a écrit sa lettre au gouvernement soviétique. Il avait demandé la permission d’émigrer, ou au moins, comme il a écrit : «être offert une fonction dans ma spécialité et être nommé à un théâtre dans la fonction de directeur». Le 18 avril Staline l'a appelé personellement et quelques semaines plus tard Boulgakov était l'assistent-directeur du MKhAT, le Théâtre d'art de Moscou. Dans sa lettre Boulgakov avait fait allusion au Sabot de l'Ingénieur : «Et c’est moi qui, personellement, ai de mes propres mains, jeté au feu le brouillon d’un roman sur le diable».

Le livre était à ce moment juste «un roman sur le diable». Le maître et Marguerite n’existaient pas encore et le personnage principal était Woland.

Troisième version (1932-1934)

Boulgakov ne reprend son «roman sur le diable» qu’en 1931 et quand il le faisait, il était sans enthousiasme, ni persévérance. Son travail dans le Théâtre d'art de Moscou n'était pas satisfaisant et Elena Sergueïevna, avec qui il avait commencé une relation, l'avait quitté à l'insistance de son mari. De cette époque résultent deux petits cahiers intitulés Brouillons de roman 1929-1931, qui contiennent des notes préliminaires pour la troisième version. Le poète Riouchine fait son entrée et un feuillet avec une esquisse d'un des derniers chapitres contient le texte: «Seigneur, aidez-moi à terminer roman, 1931».

Dans un fragment intitulé Le vol de Woland la phrase «Vous y rencontrerez Schubert et des matins éclaircis» montre implicitement qu'il y a un personnage qui n'a pas été encore été décrit, mais qui deviendrait le maître. En 1931 le terme de maître était attribué à Woland. Seulement en 1936 il sera donné à l'amant de Marguerite quand le maître devient le narrateur des derniers fragments de l'histoire de Pilate. Le nom Marguerite apparaît pour la première fois aussi dans la phrase «... dit Marguerite passionnément».

Cette troisième version est la plus longue et le la plus complexe. Boulgakov a commencé à le travailler de nouveau en octobre de 1932 lors d’un voyage à Léningrad. Il était là avec Elena Sergueïevna qu’il venait d’épouser. Il avait commencé à écrire sans avoir ses brouillons et ses notes. «Je le connais par coeur», il disait à Elena Sergueïevna. Cela deviendrait une phrase qui a été utilisée par le maître aussi dans la version finale.

Boulgakov a travaillé, avec beaucoup d'interruptions, jusqu'à l'automne de 1936. De nouveaux titres possibles ont surgi comme Большой Канцлер ou Le Grand Chancelier, Сатана ou Satan, Вот и я ou Me voici, Шляпа с пером ou Le chapeau à plume, Черный богослов ou Le Théologien noir, Он появился ou Il est arrivé, Подкова иностранца ou Le Fer à cheval de l’étranger, Театральный роман ou Roman théâtral et Консультант в копыте ou Le consultant au sabot.

L'amant sans nom de Marguerite était désigné par Faust ou le poète. C'était probablement le nom de Marguerite qui a évoqué la pensée de Faust et on peut supposer que Faust était juste un nom de projet pour Boulgakov, depuis que il l'a utilisé seulement dans ses brouillons et non pas dans ses manuscrits.

Dans une des variantes de 1933 Ivanouchka demande un Évangile à l'hôpital, et c’est Woland qui vient s’asseoir à son lit la nuit pour lui conter son Évangile. Mais finalement c’est le poète sans nom qui devient l'auteur d'un roman qui coïncide avec l'Évangile selon Woland et l'histoire biblique a commencé à se fragmenter. Des parties ont été soulevées du deuxième chapitre et sont passées aux chapitres 11 et 16. Et d'autres interventions ont aussi commencé à se développer dans la direction du roman final. L'amour entre le maître et la Marguerite, le départ de Marguerite au sabbat et à la réapparition du maître.

Les manuscrits de cette époque montrent comment l'auteur a hésité quant à l'ordre des scènes et comment il s'est battu avec la fin, surtout en ce qui concerne la récompense que le maître devrait recevoir à la fin du dernier voyage. Le résultat a été décrit pour la première fois en juillet de 1936 dans le chapitre 37 intitulé Le dernier vol.

La culpabilité et la lâcheté continuaient à occuper Boulgakov sérieusement. Il était convaincu que seulement une clémence devine pourrait mettre fin aux tortures de ceux qui, par leurs actes ou par le manque de détermination, avaient péché. Dans un chapitre important de 1934 qui était intitulé Miséricorde!, Boulgakov a fait la ville entière de Moscou détruire par les flammes. Mais cette variante n'a pas été reprise dans la version finale, sans doute à cause des considérations politiques. En 1931 une scène semblable dans la pièce de théâtre Adam et Ève, la destruction totale de Léningrad, avait entraîné le rejet de la pièce.

En octobre de 1934 le brouillon était fini. Le roman avait 37 chapitres et une annotation dans la marge, écrite le 30 octobre, induquait : «à terminer avant de mourir».

Jusqu'à l'été 1936 Boulgakov a réécrit des parties différentes de nouveau, jusqu'à ce qu'il ait décidé que la troisième version était finie. Le maître est devenu un personnage autobiographique - Boulgakov a écrit un texte qui aurait la même réception que le texte écrit par son héros.

Quatrième version (1936-1937)

À la fin de 1936 ou au début de 1937 Boulgakov a commencé la quatrième version. Elle comptait seulement quatre-vingt-dix pages et l'histoire de Jésus et de Pilate était placée au deuxième chapitre de nouveau et était intitulée La lance d'or.

Cinquième version (1937)

Toujours en 1937 il y a une nouvelle version avec un nouveau titre sur la couverture: Принц потемок ou Le Prince des ténèbres. Elle compte 299 pages en treize chapitres, mais interrompu dans le chapitre 11 intitulée Apparition à minuit. Plus tard ce chapitre deviendrait Apparition du héros. Boulgakov mentionne 1928-1937 comme date.

Sixième version (1937-1938)

À l’automne de cette même année Boulgakov a commencé une sixième version qui a été aussi datée 1928-1937 Il continuerait à y travailler jusqu'au printemps de l'année suivante.

Le livre a trouvé son titre définitif. L'histoire du diable deviendrait Мастер и Маргарита - Le maître et Marguerite. La réalité et la fiction ont été entrelacés l'un avec l'autre dans la structure que nous connaissons aujourd'hui et le 23 mai 1938 la sixième version du manuscrit était prête, dans six gros cahiers et elle comptait trente chapitres. Le dernier chapitre était intitulé Pardon et avait été changé d'une façon significative. Woland a envoyé le maître au cinquième procurateur de Judée pour le rejoindre et pour trouver la paix.

Première version dactylographiée (1938-1939)

Le 26 mai 1938 Boulgakov a enfin commencé à dicter son texte à Olga Sergueïevna Bochkanskaïa (1891-1948), la sœur d'Elena Sergueïevna, «avec sa persévérance unique», mais il n'a pas arrêté d’introduire beaucoup de changements. C'était un énorme travail saisi d’un sentiment d’urgence. Dans ses lettres à Elena Sergueïevna, qui logeait dans une datcha à Lebedian avec son fils Seriochka, Boulgakov a décrit d'une façon très bizarre sa coopération avec Olga, qui était à la fois l'assistante personnelle de Vladimir Nemirovitch-Danchenko (1859–1943), un des deux fondateurs du MKhAT. Mais le 2 juin 1938, Boulgakov doit avoir eu un moment difficile, parce qu'il a écrit : «je dois finir le roman! Maintenant! Maintenant!»

Un des changements  mérite d’être mentionné. Le 14 mai 1939 Matthieu Levi est apparu avec l'annonce «que le maître n'avait pas mérité la lumière, mais le repos». Donc il ne s’élance plus sur le chemin de lune avec son héros, le cinquième procurateur de Judée.

À cette époque Boulgakov, qui ne voyait comment son roman serait jamais publié, a commencé à distribuer de longs extraits de son roman parmi ses amis.

Derniers changements (1939-1940)

Le 4 octobre 1939, Boulgakov était mortellement malade et presque aveugle, mais il a commencé à dicter les derniers changements. Ce travail serait interrompu au début de la deuxième partie, les funérailles de Berlioz. Dans cette période il a ajouté quelques détails qui ont été clairement rattachés aux circonstances biographiques. Les expériences du docteur Kuzmin en est un exemple. D'autres exemples sont l'extension du chapitre 19, Marguerite, et la première phrase du dernier chapitre : «Dieux, mes Dieux! Comment la terre est triste le soir».

Le 13 février 1940 Boulgakov a travaillé à son roman pour la dernière fois et le 10 mars il est décédé, ce qui a rendu au roman sa forme définitive.

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