Roubles et berïozkas

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Nicanor NIvanovitch Bossoï est arrêté parce que le pot-de-vin qu'il avait accepté avait l'air d'être de la devise étrangère. Dans le temps de Boulgakov le rouble n'était plus une devise convirtable - depuis 1932 -, donc le gouvernement était constamment dans le besoin de devises étrangères pour faire du commerce. Les taux de change pour les étrangers visitant l'Union soviétique étaient extrêmement élevés. Les citoyens soviétiques n'étaient pas permis d'avoir des devises étrangères L'achat ou la vente des devises étrangères sur le marché noir étaient des crimes sérieux jusqu'à la fin des années quatre-vingt. Quelquefois le gouvernement allait plus loin. Il y a eu deux campagnes importantes avec des raids sur les maisons privées, des imputations et tout ce qui suit, pour confisquer des bijoux et des objets de valeur des citoyens.

Les валючыки [valioutchiki] ou spéculateurs de devise étrangère suspects étaient mis en prison pendant des semaines jusqu'à ce qu'ils renoncent «volontairement» à leurs devises et objets de valeur. Les objets confisqués - des bijoux, des icônes, des oeufs de Fabergé, du porcelaine et des manuscrits rares - furent vendus à l'étranger, principalement aux États-Unis. Le régime avait besoin de devises pour importer des marchandises pour le succès des plans quinquennaux. L'historien américain Robert Chadwell Williams (1917-1991) l'a résumé omme suitc: «Tractors were needed more than Titians, Fords more than Fabergé». Des méthodes différentes ont été utilisées pour encourager les prisonniers à renoncer à leurs objets de valeur, parfois on leur donnait de la nourriture avariée et sans eau. Des méthodes encore plus sinistres sont décrites dans Je parle pour le Silencieux (1935) du professeur Vladimir Viatcheslavovitch Tchernavine (1887-1949), un contemporain de Boulgakov.

Mais il existait le phénomène de la берёзка [berïozka] ou magasin réservé aux devises étrangères. Les magasins normaux dans l'Union soviétique avaient un énorme problème d'approvisionnement de marchandises et les marchandises présentées étaient fortement uniformisées. C'était tout à fait normal de faire la queue pendant longtemps pour acheter les choses les plus fondamentales. Les berözkas ou les magasins de devises par contre avaient une large variété de produits de qualité, souvent de l'étranger, qui devaient être payés avec des dollars ou des coupons spéciaux.

Les berïozkas étaient gérés par le gouvernement et ils étaient destinés exclusivement aux diplomates étrangers et leurs familles, mais les fonctionnaires du Parti communiste, les bureaucrates du cadre supérieur et d'autres Russes priviligés ayant des devises étrangères ou des coupons spéciaux pourraient entrer aussi. Les auteurs comme Boulgakov, qui recevaient quelquefois des devises étrangères pour la publication de leur travail à l'étranger, étaient même obligés d'y dépenser leurs devises.

Boulgakov passait souvent au magasin de devises Torgsin sur le coin d'Arbat et Smolenskaïa, l'endroit où, dans le chapitre 28, Béhémoth a fracassé tout et il a même incendié le bâtiment.

Le problème des devises étrangères n'a pas encore disparu dans la Russie d'aujourd'hui. Il ne ressemble plus à ce qu'il était sous Staline, mais les devises étrangères font toujours l'objet des discussions. Quand au cours des années quatre-vingt une conversion libre de devise était permise, le taux de change s'est effondré de ses valeurs officielles par un facteur de presque 10. C'est pourquoi les Russes expriment souvent la valeur de marchandises durables, maisons ou voyages à l'étranger en dollars américains, bien que tout doit être payé en roubles. L'utilisation du dollar pour exprimer la valeur de choses est une épine dans l'œuil de l'administration de Poutine. En mai de 2006 un projet de loi a été introduit dans le Douma, le parlement russe, à fin d'interdire de telles pratiques. Pourtant, je connais toujours beaucoup de Russes qui reçoivent leurs salaires - ou une partie - en dollars américains ou en euros.



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