Woland

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Rôle

Au début du livre, Woland est appellé un étranger, ce qui suscite des sentiments doubles chez Ivan et Berlioz, qui sont ses premiers contacts à Moscou. Et nous comprenons aisément pourquoi. Le professeur Woland est à la fois hypocrite et sournois, mais également noble et généreux. Les contradictions dans sa personnalité sont aussi révélées dans son apparence: «L’œil droit noir, le gauche - on se demande pourquoi - vert. Des sourcils noirs tous deux, mais l’un plus haut que l’autre. Bref: un étranger». Il prétend qu'il était avec Ponce Pilate quand celui-ci a condamné Jésus et il ajoute en passant qu'il peut également prédire l'avenir. Les gens à Moscou essaient de rationaliser ses dons surnaturels parce que, s'ils ne le font pas, ils finissent dans la psychiatrie, comme le maître et Ivan

Woland et son escorte provoquent un chaos immense à Moscou. Ils montent un spectacle de magie noire au théâtre des Variétés, au cours duquel ils offrent des robes splendides à toutes les dames présentes et font tomber de l'argent du plafond. Mais peu de temps après le spectacle, les femmes courent dans les rues, en criant et en hurlant, en sous-vêtements ou complètement nues, et l'argent qui semblait authentique au départ s’est transformé en papier ordinaire. Au grand bal, le démon abandonne son apparence de professeur et dévoile sa véritable identité. Le jour après le grand bal, Satan et son escorte retournent en enfer sur des chevaux noirs.

Contexte

Woland est «l'étranger» mystérieux, le «professeur» qui visite Moscou et qui provoque tous les événements dans le roman. Son origine n'est pas très claire. Quand ils se rencontrent à l'étang du Patriarche, Biezdomny - le pseudonyme pour le poète Ivan - suppose qu'il est allemand. Mais il pourrait avoir voulu dire étranger aussi. De nos jours, les Russes utilisent, en général, le mot иностранец [inostranyets] pour indiquer un étranger, mais dans le passé le mot немец (nemets) était utilisé. Et ce mot a un sens double, parce qu'il signifie étranger, mais aussi allemand. Ainsi quand Ivan demande à Woland dans le premier chapitre: «Вы немец ?», il peut être traduit par «êtes-vous allemand?» mais aussi par «est-ce que vous êtes étranger?» Немец [nemets] vient du verbe неметь (nemet), ce qui signifie devenir muet. Donc un nemets est une personne muette, quelqu'un qui ne parle pas russe.

Le titre du premier chapitre «Никогда не разговаривайте с неизвестными» ou «Ne parlez jamais à des inconnus». Les étrangers éveillaient en Union soviétique la curiosité et la méfiance. Parce qu'ils représentaient à la fois l’attirance pour l’étranger, et le danger d’espionnage..

Aujourd’hui encore, beaucoup Russes ne savent pas bien comment réagir par rapport aux étrangers. Même dans une ville avec des millions d'habitants comme Moscou, nombreux sont ceux qui ne parlent que le russe et quand un étranger leur adresse la parole, même si c'est seulement pour demander son chemin, ils se détournent et s'éloignent sans dire un mot. Cela peut paraître une réaction étrange pour les Belges. Dans nos villes, il est fréquent que l'on vous interpelle dans une autre langue afin de demander son chemin et quand vous faites une heure en voiture - dans n'importe quelle direction - vous êtes à l'étranger. De Moscou, par contre, vous devez parcourir des milliers de kilomètres avant de rencontrer des gens qui ne parlent pas russe et la plupart des Russes n'ont jamais été en dehors de la Russie - ou tout au moins de l'ancienne Union soviétique. En Russie, vous rencontrerez rarement des personnes à la peau noire. Quand un Moscovite parle d'un «noir», il ne parle pas de quelqu'un qui a la peau noire, mais de quelqu'un avec des cheveux noirs - un Caucasien.

Le nom Woland n’est pas russe du tout. C'est une variante du nom du démon dans le Faust de Johan Wolfgang von Goethe (1749-1842): le chevalier Voland ou Faland.

Certains voient Woland comme une parodie sur Josef Vissarionovitch Staline (1878-1953). Il y a effectivement des similarités. Tout comme Staline a sauvé Boulgakov alors qu’il en éliminait d'autres inconditionnellement, Woland sauve le maître pendant qu'il punit d’autres personnages. Et Staline a été renvoyé du séminaire orthodoxe russe de Tbilissi en 1899, comme Satan, en tant qu'ange déchu, a été expulsé du ciel.

Le philologue Ukrainien entêté Alfred Nikolaïevitch Barkov (1941-2004) a cru que Vladimir Illitch Lenine (1870-1924) a été le prototype de Woland. Le maître serait alors l'auteur russe Maxime Gorki (1868-1936). Et Marguerite serait inspirée par Maria Fyodorovna Iourkovskaïa, une actrice du Théâtre d'Art de Moscou MKHAT, connu sous le pseudonyme Maria Andreïeva. Elle était la maîtresse de Gorki. Toujours selon Barkoc, Marguerite aurait été alors une prostituée envoyée au maître par Woland - en tant que symbole de Lénine.



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