La musique Jazz dans l'Union soviétique

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Le jazz a été introduit dans l'Union soviétique par le poète, musicien et chorégraphe Valentin Iakovlievitch Parnakh (1891-1951). En 1922, il est arrivé à l'Union soviétique après avoir passé six ans à Paris, et il a amené des partitures de jazz, des saxophones, des tam-tams, et des silencieux de trompette. En Russie, il a fondé le Первый в РСФСР эксцентрический оркестр джаз-банд Валентина Парнаха [Pervi v RSFSR eksentritcheski orkestr djaz-band Valentina Parnakha] ou Le premier orchestre excentrique de l'URSS, le Jazz band Valentin Parnakh. La première représentation de l'orchestre a eu lieu le 1er octobre 1922 à l'Académie russe des arts de théâtre à Moscou. Le groupe est devenu populaire avec le jazz de New Orleans ou le Dixieland.

Dans les années '30, l'ensemble du chanteur et acteur Léonid Ossipovitch Outiosov (1895-1982) et du trompettiste Iakov Borisovitch Skomorovski (1889-1955) de Leningrad était l'un des icônes les plus célèbres du jazz dans l'Union soviétique. Outiosov a donné un élan à la popularité du jazz quand il a joué dans le film Весёлые ребята [Vesiolie rebiata] ou Les amis joyeux de 1934 du réalisateur Grigori Aleksandrov (1903-1983). Il a chanté les mélodies de jazz de la bande sonore du compositeur Isaak Ossipovitch Dounaïevski (1900-1955).

Deux ans plus tard, le duo Alexandrov-Dounaïevski ferait le film Le Cirque, dont vous pouvez lire plus dans la section Propagande de ce site.

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Le régime soviétique se méfiait de la musique jazz. Non seulement parce qu'elle est provenue des États-Unis, mais aussi parce que l'improvisation est l'un des éléments essentiels du jazz. Le jazz était un symbole de la liberté artistique et l'expression individuelle, et il était difficile à contrôler. Ainsi, le régime a décidé à encapsuler le jazz.

En 1936, le Комитет по делам искусств [Komitet po delam iskousstv] ou la Commission des Affaires artistiques de l'Union soviétique avait décidé de fonder le Государственный джаз-оркестр СССР [Gosoudarstvenni djaz-orkestr SSSR] ou l'Orchestre d'État de Jazz de l'URSS. Le nom de l'orchestre fut abrévié de manière soviétique: il était appelé le Госджаз [Gosdjaz]. La direction artistique a été confiée au compositeur Matveï Isaakovitch Blanter (1903-1990), un vrai social-réaliste, et le chef d'orchestre Viktor Nikolaïevitch Knouchevitski (1906-1972) a eu le poste de directeur musical. L'objectif était de canaliser la массовая песня [massovaïa pesnia] ou chanson de la masse dans une direction souhaitée par le régime. Le Gosdjaz devait ajouter une dimension symphonique à la musique de jazz vulgaire en vogue en Occident à ce moment. Dans la mission sociale de l'orchestre était donc expressément indiqué qu'il devait jouer de la musique de jazz symphonique ou, en abrégé: Симфоджаз [simfodjaz].

Dès la première représentation, l'orchestre a vraiment réalisé sa mission sociale. Pour cette occasion, Matveï Blanter avait écrit la chanson Катюша [Katioucha] sur un texte du poète Mikhaïl Vasilievitch Isakovski (1900-1973). Ce soir-là, la chanson a été chantée par Valentina Batichtcheva, et fut un succès instantané.

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Malgré leur nom, ni le Jazzband Valentin Parnakh ni le Gosdjaz, ni les autres groupes connus tels que Adolphe Ignatievitch Rosner (1910-1976), mieux connu comme Eddie Rosner ou Aleksandr Naumovitch Tsfasman (1906-1971) peuvent être considérés comme des orchestres de jazz. Leur répertoire était plutôt celui d'un big band avec des fox-trots, tangos, dixieland, swing et d'autres rythmes populaires de danse. Les combos de jazz qui jouaient du jazz pur avec des improvisations, et qui étaient donc un symbole de la liberté artistique et de l'expressivité individuelle, se trouvaient dans une position difficile.

Une exception à ce règle fut le Trio Ganelin, qui a joué du jazz libre et qui a eu des représentations en Europe et aux États-Unis. Il a existé de 1970 à 1987, lorsque le chef d'orchestre Viatcheslav Chevelievitch Ganelin (°1944) a émigré en Israël.

En 1947, sous l'influence de la doctrine Jdanov, la propagande soviétique a lancé une vaste campagne anti-cosmopolitaine qui a duré jusqu'en 1952. Le message central était que la culture occidentale était dégénérée. Les citoyens soviétiques n'avaient absolument rien à apprendre de l'Occident. Au contraire, les progressistes occidentaux avaient beaucoup à apprendre du peuple soviétique. Les groupes de jazz ont été victimes de cette idéologie. Le jazz et les formes de musique liées ont été décrites comme musique bourgeoise et de nombreux groupes ont été démantelés. Ceux qui sont restés ont essayé d'éviter d'être étiquetés comme un groupe de jazz, ou ont rejoint les bardes dans la magnitizdat.

Dans les années '70, le jazz était à nouveau devenu l'une des formes de musique le plus populaire en Union soviétique. Mais depuis les années '80 leur popularité a été fortement réduite par la montée du rock and roll.



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