La police secrète

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Quand Marguerite demandait à Woland d'être ramenée avec le maître dans le sous-sol de la petite rue, près de l’Arbat, le maître disait: «Ah ! ne faites pas attention à ce que dit cette pauvre femme, messire! Il y a longtemps que le sous-sol est occupé par un autre locataire, et, en général, cela n’arrive jamais que tout soit comme avant.». Mais Woland répondait: «C’est juste. Mais on peut essayer». Et puis il criait: «Azazello!». À l’instant dégringola du plafond un citoyen en linge de corps, totalement désemparé et au bord de la folie. Il avait - on se demande pourquoi - une casquette sur la tête et une valise à la main. Avec la valise et la casquette Boulgakov faisait allusion au fait que sous la terreur de Stalin chaque citoyen soviétique avait toujours une valise prête avec les choses les plus nécessaires, au cas où d'une visite inattendue de la police secrète la nuit.

GUGB et NKVD

Dans le temps que Boulgakov a écrit Le maître et Marguerite, la police secrète était appelé Объединённое государственное политическое управление (ОГПУ) [Obedinionnoe gosoudarstvennoe polititcheskoe oupravlenie] (OGPU) or Direction Politique d’État jusqu'au mois de juillet 1943. Après, le service était appelé Главное управление государственной безопасности (ГУГБ) [Glavnoe oupravlenie gosoudarstvennoi bezopasnosti] (GUGP) ou Direction générale de la sécurité de l’État.

Le OGPU/GUGP était une des sections les plus importantes et influentes du Народный комиссариат внутренних дел (НКВД) [Narodni komissariat vnoutrennikh del] (NKVD) ou le Commissariat du Peuple à l'Intérieur.

L'importance du GUGB dans le NKVD est clairement montrée par le fait qu'il était dirigé directement par le Commissaire du Peuple en personne. Au fait, dans le discours populaire la police secrète était souvent appelé NKVD au lieu de GUGB.

Le premier prédécesseur du GUGB était la Tchéka, créée en 1947 et dirigée par l'infâme Felix Edmundovitch Dzerjinski (1877-1926). Son nom complet semble plutôt hilarant: Всероссийская чрезвычайная комиссия по борьбе с контрреволюцией и саботажем [Vserossiskaïa tchrezvitchainaïa komissia po borbie s kontrevolioutsnei i sabotajem] or Commission extraordinaire panrusse pour la lutte contre la contre-révolution et le sabotage. La Tchéka a fonctionnée sous la supervision directe du Sovnarkom. Plus tard l'organisation a été rebaptisée GPU (1922), OGPU (1923) et GUGB (1934) et a changé en NKVD. En 1953 l'organisation a été réformée et rebaptisée en Комитет Государственной Безопасности [Komitet Goosudarstvennoi Bezopasnosti] (KGB) ou le Comité pour la Sécurité d'État.

Le OGPU/GUGB avait trois chefs successifs qui deviendraient tous notoires: Guenrikh Grigoriévitch Yagoda (1891-1934) - qui joue un rôle dans Le maître et Marguerite - Nikolaï Ivanovitch Iejov (1936-1938) et Lavrenti Pavlovitch Beria (1899-1953). Aucun d'entre eux est mort d'une cause naturelle. Les deux premiers ont été liquidés par Staline, le troisième lui a survécu pour quelques mois, mais il a été arrêté peu de temps après la mort de Staline par le successeur de ce-dernier, Nikita Sergueïevitch Khrouchtchev (1894-1971), et il a été exécuté.

Le NKVD était responsable d'une terreur d'état qui était conduite contre les auteurs dissidents, l'intelligentsia juive, les scientifiques et les hétérodoxes (les prêtres et religieux catholiques et orthodoxes). On s'est efforcé pour rendre la vie des non-communistes misérable, ils ont été poursuits, tués ou leurs maisons étaient pénétrées pour faire des «enquêtes sur les activités subversives». Les dissidents refusant de se conformer à l'idéologie communiste, pourraient être enfermés dans un hôpital psychiatrique. Tous qui avaient les apparences sont contre eux, pourraient être confrontés avec le service.

Le Особое Совещание [Osoboe Sovechtchanie] ou le Conseil Spécial du NKVD a été créé par le décret du 10 juillet 1934 - c'était le même décret per lequel le NVKD a été créé. Ce Conseil Spécial avait l'autorisation d'imposer des sanctions administratives, sans intervention d'une cour de justice. Cela pourrait être le bannissement, le camp de travail (pour un maximum de 5 ans) ou la déportation de l'URSS. À partir de 1936 le Conseil Spécial pourrait décider à 25 ans de camp de travail ou même la peine capitale.

Les camps de travail ont été dirigés par un autre département spécial du NKVD, le Главное Управление Исправительно-Трудовых Лагерей и колоний [Glavnoe Oupravlenie Ispravitelno-Troudovikh Lagereï i kolony] ou le Directorat Principal Correctif des Camps et des Colonies, qui a été créé en 1929 et qui est mieux connu à l'ouest par son abrègement russe ГУЛАГ ou Goulag.

Les agents du NKVD n'étaient pas seulement des exécuteurs. Un moment donné ils étaient des victimes de la répression aussi. La plupart des membres du personnel du NKVD ont été arrêtés et se sont exécutés au cours des années trente.

Les troikas

Une troïka était une commission de trois personnes souvent utilisée par les bolsheviks dans l'organisation de la société soviétique. Il était reconnu qu'un groupe de trois personnes était le minimum exigé pour prendre des décisions collégiales: c'est le nombre minimal pour avoir un vote, l'instrument nécessaire pour prendre de décisions démocratiques, Les troïkas ont été utilisés à beaucoup de niveaux et dans beaucoup de domaines. Il y avait des troïkas opérationnelles (оперативная тройка), des troïkas juridiques (судебная тройка), des troïkas exceptionnelles (чрезвычайная тройка) et des troïka spéciales (специальная тройка).

Une troïka du NKVD - НКВД тройка  - était une commission de trois personnes employées comme un instrument supplémentaire de punition extra-judiciaire pour compléter le système juridique et comme moyen pour la punition rapide d'éléments antisoviétiques. Le président d'une troïka du NKVD était, en général, le chef de la sous-division territoriale correspondante du NKVD. Le deuxième membre était d'habitude le procureur de la république, du krai ou de l'oblast en question et la troisième personne était d'habitude le secrétaire du Parti communiste du niveau régional correspondant. Les décisions de la troïka étaient transmises au groupe opérationnel correspondant qui devait exécuter la punition. Le temps et l'endroit des exécutions devaient être tenus secret.

L'ordonnance # 00447

Le 30 juillet 1937 l'Ordonnance numéro 00447 du NKVD a été publié. Il s'agissait «de la répression des anciens koulaks, des criminels et d'autres éléments antisoviétiques». Selon cet ordre les troïkas du NKVD ont été créés au niveau des républiques, des krais et des oblasts. L'enquête devait être exécutée par les groupes opérationnels, «d'une façon rapide et simplifiée» et les résultats devaient être transmises aux troïkas pour les procès.

Selon les instructions, les koulaks, les criminels et les autres éléments antisoviétiques devaient être divisés en deux catégories. La première catégorie était destinée pour être fusillée, la deuxième pour être déportée aux camps de travail. Chaque catégorie avait des quotas définis par région. Pour la Biélarus, par exemple, le quota a été estimé à 2.000 personnes dans la première catégorie et 10.000 dans le deuxième. Ce qui fait un total de 12.000 éléments antisoviétiques. Les quotas étaient des estimations et, comme un principe, ne pouvaient pas être excédé sans l'approbation personnelle de Nikolaï Ivanovitch Iejov (1895-1940), surnommé le nain, qui était le chef du NKVD à partir de 1936. Mais il n'était pas difficile d'obtenir une telle approbation. Un mois et demi après la publication de l'ordonnance, environ 101.000 arrestations ont été faites et 14.000 convictions ont été prononcées. La norme pour les preuves était tout à fait basse: un tuyau d'un informateur anonyme pourrait suffir pour une arrestation, comme Nikanor Ivanovitch Bossoï a éprouvé dans le roman, peu de temps après un coup de fil de «l'interprète» Koroviev de Woland. Selon l'ordonnance numéro 00486 du NKVD la famille des suspects, en incluant les enfants, était automatiquement soupçonnée aussi.

En 1938 les troïkas du NKVD qui ont été créés suivant l'Ordonnance numéro 00447, ont été abolies de nouveau.

Le NKVD et l'économie soviétique

Le système étendu de travail dans les Goulags a contribué de manière considérable à l'économie soviétique et au développement des régions lointaines. Les premières lois rattachées aux camps de travail ont mentionné des objectifs explicites de coloniser, par exemple, la Sibérie. L'industrie minière et la construction de routes, chemins de fer, canaux, barrages et usines dans les camps de travail ont contribué grandement dans l'économie de plan et le NKVD avait ses propres objectifs de production.

Un aspect spécial des réalisations du NKVD était le rôle que le service a joué dans l'avancement de sciences et du développement de systèmes d'arme. Beaucoup de chercheurs et d'ingénieurs qui ont été arrêtés et condamnés pour des crimes politiques ont été mis dans une prison privilégiée, un шарашка (charachka). Une charachka était beaucoup plus confortable qu'un camp du Goulag. Les scientifiques étaient obligés de développer leurs spécialités davantage et certains étaient parmi les premiers au niveau mondial dans leur domaine. Un d'entre eux était, par exemple, Sergei Pavlovicth Koroliev (1907-1966), le créateur en chef du programme spatial soviétique et du premier engin spatial complété en 1961, un autre était Andrei Nikolaïevitch Toupolev (1988-1972), le créateur d'avions réputé.

Après la Seconde Guerre mondiale le NKVD a coordonné le travail dans la course aux armements nucléaires, sous la direction de général Pavel Anatolevitch Soudoplatov (1907-1996). Les scientifiques dans ce programme n'étaient pas de prisonniers, mais leur travail a été coordonné par le NKVD parce qu'il était de près raccordé à l'intelligence, donc la confidence était une condition importante. Et la confidence, oui, c'était la spécialité du NKVD.