Les simulacres de procès

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Dans la période de 1936 à 1938, dans le cadre de la politique de la Grande purge de Staline, trois Parodies de procès ont été menés. Vingt ans plus tard, en 1956, le chef du parti Nikita Sergueïevitch Khrouchtchev (1894-1971) a du reconnaître que les procès ont été mis en scène. Bon nombre des bolcheviks de la première heure, souvent confidents de Vladimir Ilitch Lénine (1870-1924), ont été accusés. Entre le deuxième et le troisième procès a également été eu lieu un procès contre neuf hauts responsables militaires.


Le procès des seize (1936)

Le premier procès, connu sous le nom du Procès des seize, a eu lieu du 19 au 24 août 1936 à la Salle d'octobre de la Maison des syndicats à Moscou. Les principaux accusés étaient Grigori Yevseïevitch Zinoviev (1883-1936) et Lev Borisovitch Kamenev (1883-1936), deux anciens camarades de Lénine et des dirigeants du parti de la première heure, mais aussi des partisans de Léon Trotski (1879-1940) dans sa lutte contre Joseph Staline (1878-1953) dans les années vingt. L'accusation principale était leur adhésion au Centre terroriste trotskiste-zinoviéviste, une organisation terroriste entièrement fictive. Zinoviev et Kamenev ont d'abord refusé d'admettre les faits, mais Staline leur a donné l'assurance qu'ils ne seraient pas exécutées s'ils le feraient.

Le Procès des seize a été officiellement dirigé par le chef du NKVD et Commissaire du Peuple de l'Intérieur Guenrikh Grigorievitch Iagoda (1891-1938), mais dans les coulisses, il a été contrôlé par Nikolaï Ivanovitch Iejov (1895-1940), qui succèderait Iagoda peu de temps après la fin du procès.

L'auditoire consistait quasi exclusivement des agents du NKVD, complété par quelques journalistes. La presse a fait en sorte que la colère du public s'est concentré sur les accusés sur les ordres de Staline, et en partie par les textes du poète Demian Bedni (1883-1945). Finalement, tous les défendeurs ont fait des aveux complets. Malgré la promesse antérieure de Staline, ils ont été exécutés dans les 24 heures après le procès dans le siège du NKVD sur la place Loubianka.


Le procès des dix-sept (1937)

En janvier 1937 a suivi le second procès. Cette fois, Gueorgui Leonidovitch Piatakov (1890-1937), Commissaire-adjoint du peuple de l'industrie lourde, Karl Berngardovitch Radek (1885-1939), l'un des co-auteurs de la Constitution soviétique, et Grigori Yakovlevitch Sokolnikov (1888-1939), Vice-commissaire du peuple de l'industrie, et quatorze autres anciens partisans de Léon Trotski ont été jugés pour des accusations de sabotage et d'espionnage industriel.

Nikolaï Iejov était devenu chef du NKVD et était à nouveau, avec Staline, le metteur en scène du spectacle. Cependant, le scénario n'a pas toujours fonctionné correctement. Piakatov, par exemple, aurait pris un vol à Oslo en 1935 pour rencontrer Trotski, mais ce vol n'a jamais eu lieu, et l'Hôtel Bristol, où la rencontre aurait eu lieu, fut démoli de nombreuses années avant. Malgré cela, tous les accusés ont été jugés coupables. Treize d'entre eux ont eu la peine de mort. Quatre autres, y compris Karl Radek et Grigori Sokolnikov, ont été condamnés aux travaux forcés après avoir signé des déclarations incriminantes au sujet de Nikolaï Ivanovitch Boukharine (1888-1938), rédacteur en chef du journal Izvestia, Alexei Ivanovitch Rykov (1881-1938), l'ancien président du Conseil des Commissaires du Peuple, et Mikhail Nikolaevitch Toukhatchevski (1893-1937), Commissaire-adjoint du peuple de la Défense, qui peu de temps après seraient les victimes suivantes.

Radek et Sokolnikov mouruent en 1939 dans un camp de travail, selon la lecture initiale, tous deux auraient été impliqués dans un combat avec un codétenu, mais plus tard, pendant le dégel politique sous Khrouchtchev, l'on a découvert que les deux ont été assassinés par le NKVD sous les ordres directs de Lavrenti Pavlovitch Béria (1899-1953).


Le procès contre les militaires

Après le deuxième simulacre de procès à Moscou, Staline se concentra sur les hauts responsables militaires de l'Union soviétique, en particulier son rival de la guerre civile, le maréchal Mikhaïl Nikolaïevitch Toukhatchevski (1893-1937). Mais Toukhatchevski n'était pas le seul: prèsque tous les commandants de l'Armée rouge ont été arrêtés. Les accusations étaient fondées sur des documents qui devraient démontrer que Toukhatchevski aurait eu une correspondance compromettante avec la commande suprême des nazis. Nikolai Iejov a personnellement supervisé les interrogatoires, souvent accompagnés de tortures. La confession récupérée de Toukhatchevski a été recouverte d'éclaboussures de sang. Parce qu'il était difficile pour la plupart des membres du Politburo de croire que tous ces représentants militaires seraient coupables des conspirations ou de l'espionnage pour l'Allemagne, Staline a demandé qu'ils soient jugés par un tribunal d'autres militaires de premier plan. Le procès a eu lieu le 11 juin 1937 et s'est déroulé de façon extrêmement vite: avant le déjeuner, les condamnations ont été prononcées et le même jour tous les défendeurs ont été exécutés.

Les juges eux-mêmes ne survivraient pas longtemps le procès. Sur les neuf militaires qui ont condamnés les accusés, six ont été arrêtés et exécutés dans les douze mois suivant le procès. Finalement, tous les commandants militaires régionaux ont été exécutés.


Le procès des vingt-et-un (1938)

Le troisième procès-spectacle ou l'affaire du Bloc des droitiers et des trotskistes antisoviétiques, a eu lieu en mars 1938. Outre Nikolaï Boukharine et Alexei Rykov, qui avaient déjà été accusé au cours du deuxième procès spectacle par Karl Radek et Grigori Sokolnikov, il y avait également l'ancien Commissaire du peuple à l'Intérieur Guenrikh Grigorievitch Iagoda (1891-1938) qui avait conduit formellement le premier procès. Il y avait un immense complexe cohérent d'accusations fabriquées, y compris l'assassinat de Sergueï Mironovitch Kirov (1886-1934), qui a probablement été tué suivant les ordres de Staline et l'assassinat de l'auteur Maksime Gorki (1868-1936). En plus, ils furent accusées d'un complot visant à assassiner Lénine et Staline, et de nombreux actes de sabotage et d'espionnage et d'autres complots d'assassinat.

L'auteur allemand Lion Feuchtwanger (1884-1958), qui a pu suivre le procès, a écrit que «si un réalisateur professionnel avait été demandé de mettre en scène ce procès, il aurait sans doute eu besoin de longues répétitions avant de pouvoir arriver à une telle coordination des accusés.» Les 21 accusés ont été trouvés coupables. Dix-huit d'entre eux ont été condamnés à mort et ont été exécutés immédiatement après le procès.

Le troisième simulacres de procès, et en particulier l'exécution de Guenrikh Iagoda, était à la fois le début du déclin du «réalisateur» Nikolaï Iejov. Son étoile avait atteint son apogée le 20 décembre 1937, lorsque le 20ème anniversaire du NKVD a été célébré au Théâtre Bolchoï et où la photo de Iejov a été mis à côté de la photo de Staline.

Mais après le troisième simulacres de procès, en août 1938, Ejov a du soudainement accepter un député à côté de lui en la personne de Lavrenti Pavlovitch Béria (1899 - 1953). À partir du mois de septembre toutes les résolutions du NKVD ont même du être signés par ce dernier. Après de vives critiques de Staline et de Molotov, Ejov était démissionné comme Commissaire du peuple à l'Intérieur en novembre 1938 «à sa propre demande». Le 3 mars 1939, il a été démissionné de toutes ses fonctions publiques, sauf celle de Commissaire du Peuple de transport de l'eau. Mais ce commissariat a été aboli le 9 avril 1939 et le lendemain Iejov a été arrêté. Le 3 février 1940, son procès a été mené à huis clos, et un jour plus tard, il a été exécuté.


Les simulacres de procès dans la Fédération de Russie

Bien qu'il n'y aient plus d'exécutions de masse, la Fédération de Russie est de nouveau confrontée avec le phénomène de simulacres de procès depuis la première élection de Vladimir Vladimirovitch Poutine (°1952) comme président en 2000. Avant de devenir président, Poutine a eu une carrière dans la police secrète de l'Union soviétique. De 1985 à 1990, il a été à Dresde, en ex-RDA, comme un officier du KGB en charge de l'interrogatoire et l'internement des dissidents et des «espions occidentaux qui voulaient envahir l'Union soviétique». Juste avant sa nomination comme ministre dans le gouvernement de Boris Nikolaïevitch Eltsine en 1999, il a été le chef du Федеральная служба безопасности Российской Федерации (ФСБ) [Federalnaïa sloujba bezopasnosti Rossiskoi Federatsi] (FSB) ou Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie,, le successeur du KGB..


Mikhaïl Khodorkovski et Platon Lebedev

Comme président, Poutine a montré qu'il maîtrisait encore assez bien les techniques de l'ancien KGB. L'exemple le plus notable est peut-être les poursuites contre Mikhaïl Borisovitch Khodorkovski (°1963) et Platon Leonidovitch Lebedev (°1956), les anciens propriétaires de la société pétrolière Yukos. Khodorkovski s'est fait remarquer non seulement par sa critique de la corruption dans le système politique russe, mais aussi par son engagement à une politieque ouverte avec son mouvement Открытая Россия [Otkrytaïa Rossia] ou La Russie ouverte, et son soutien aux partis d'opposition.

En février 2003, lors d'une réunion télévisée au Kremlin, Mikhaïl Khodorkovski a interrogé Poutine en public sur la corruption. Il a laissé entendre que les principaux responsables du gouvernement acceptaient millions de pots de vin et il a montré une présentation PowerPoint illustrant les coûts de la corruption pour l'économie russe. Le 25 octobre, Khodorkovski et Lebedev ont été arrêtés sur des soupçons d'évasion fiscale, de fraude et de détournement de fonds. Yukos a été démantelé, et les parties les plus rentables ont été transférées à Rosneft, une compagnie pétrolière qui était dirigée par Igor Ivanovitch Setchine (°1960). Setchine est un ancien espion du KGB et l'un des conseillers les plus conservatrices de Poutine. Il a été Vice-premier ministre dans le cabinet de Poutine et chef de la Комманда Силовиков [Kommanda Silovikov] ou Les hommes du pouvoir, un lobby des anciens agents du KGB, et donc des amis de Poutine, au Kremlin.

Dans une tentative dedétourner l'attention du procès, il a été mené dans la cour moins significative du district de Mechtchanski à Moscou. Dans les coulisses, cependant, le Kremlin et la Première Cour de Moscou, le plus haut organe judiciaire de la ville de Moscou, ont joué un rôle de guide. Le 31 mai 2005, Khodorkovski et Lebedev ont été condamnés à 9 ans de prison pour l'évasion fiscale et la fraude. Le 22 septembre 2005, le verdict a été confirmé en appel dans une session d'une journée et la peine a été réduite à 8 ans.

Comme il y avait un risque réel que Chodorkovski et Lebedev pourraient profiter d'une libération conditionnelle avant les élections présidentielles de 2012, et donc éventuellement perturber la réélection de Poutine en tant que président, des nouvelles «infractions» ont émergé, et un deuxième procès contre eux a été mis en scène. Cette fois-ci, ils ont été accusé du vol de 350 millions de tonnes de pétrole. Outre le fait que cela est physiquement impossible, il est apparu que le juge Viktor Nikolaevitch Danilkine (°1957) a été régulièrement «ajusté» par le Kremlin pendant le procès. Danilkine a eu des difficultés avec les accusations parfois absurdes et a dû régulièrement être mis «à la bonne voie».

Le 14 février 2011, Natalia Vasilieva, une assistante du juge Danilkine, a témoigné que le juge avait préparé son verdict dans le but de la présenter le 16 décembre 2010. Le 15 décembre, cependant, la présentation a été reportée au 27 décembre pour des raisons inconnues. Le 16 décembre, il est devenu clair pourquoi: ce jour-là, Poutine a fait un discours controversé dans lequel il a dit que Khodorkovski était un voleur et devrait donc être à la prison. Vasilieva a témoigné que le jugement initial de Danilkine a été modifié et qu'il a présenté ce nouveau verdict contre son gré. En conséquence de ce verdict ajusté, Khodorkovski et Lebedev ne pouvaient pas être libéré avant le mois d'août 2014.

En 2011, le président russe Dmitri Anatolievitch Medvedev (°1965) a demandé au Conseil des droits de l'homme du Kremlin pour enquêter l affaire Khodorkovski. Le Conseil a conclu que Khodorkovski et Lebedev étaient innocents. Cela n'a pas mené à une libération. Au contraire, les neuf membres du Conseil ont été accusés de corruption. Cinq d'entre eux ont fait l'objet d'interrogations et de poursuites. Certains ont perdu leur emploi ou ont dû aller à l'étranger. En outre, un troisième cas contre Khodorkovski et Lebedev était préparé.

Dans la période précédant les Jeux olympiques d'hiver de 2014 à Sotchi, un projet où Poutine voulait briller devant les yeux du monde entier, de nombreux dirigeants du monde avaient annoncé qu'ils ne seraient pas présents aux cérémonies. Des raisons réelles n'ont pas été données, mais il était clair que la manière dont les droits de l'homme ont été violés en Russie était à la base, surtout l'arrestation de 30 militants de Greenpeace quelques mois plus tôt, l'affaire Khodorkovski et la loi russe anti-gai. Le 17 décembre 2013, le président américain Barack Obama a dit qu'il ne viendrait pas lui-même. En plus, dans la délégation américaine il avait nommé deux gais notoires: la légende du tennis Billie Jean King (°1943) et lr joueur de hockey Caitlin Cahow (°1985). Selon la journaliste américano-russe Masha Gessen, Poutine surgit pour le spectre de se voir entouré par «seul le président ukrainien et deux homosexuels américains» lors de l'ouverture de son projet de prestige personnel. Quoi qu'il en soit, le 19 décembre 2013, Poutine a annoncé de façon inattendue que Mikhaïl Khodorkovski pourrait être libéré, ce qui s'est effectivement passé le lendemain. Le 20 décembre 2013, Khodorkovski a atterri comme un homme libre à Berlin. Selon Poutine, il est libre de revenir en Russie, mais on peut se demander si cela va se produire, comme les enquêtes sur le possible troisième procès n'ont pas été mises en arrêt.

Le 28 juillet 2014, la Russie a été condamnée par la Cour permanent d'arbitrage de La Haye pour la façon dont Mikhaïl Khodorkovski et Yukos ont été traités. Outre le fait que la Russie a été condamnée à payer une compensation de 50 milliards de dollars, la Cour a été très sévère dans sa motivation. Le démantèlement de Yukos a été politiquement motivé, dans le but de pousser l'entreprise à la faillite, de saisir ses actifs et de les céder à des entreprises d'Etat, et d'éliminer politiquement le chef de l'entreprise, Mikhail Khodorkovski.

Il s'agit de la plus grande compensation jamais accordée par la Cour à La Haye: elle est 20 fois plus grande que la deuxième, et ne prend même pas en compte les plaintes des actionnaires minoritaires dont les dossiers n'ont pas encore été examinés.

Les conséquences pour la Russie sont énormes: la somme égale 11 % des réserves financières du pays et 10 % du budget du gouvernement. En outre, il y aura des conséquences pour Rosneft, le géant de l'énergie qui a repris la plupart des actifs de Yukos, et dont BP est devenu un actionnaire minoritaire récemment. Les Russes sont supposés de montrer l'argent le 2 janvier 2015 au plus tard, la date à laquelle les intérêts commencent à être calculés. Bien que la Russie ne peut pas contester le verdict, le Kremlin utilisera «tous les moyens possibles pour arrêter son exécution.» Si le pays ne paie pas, la Convention d'arbitrage de 1958 permet la saisie de tous les actifs russes dans 150 pays pour exécuter le verdict.

Dans l'entourage de Poutine, on ne se sent pas concerné du tout. Une des personnes de son entourage a dit au Financial Times que le verdict était, dans le cardre des enjeux géopolitiques avec l'Ukraine, sans aucune importance: «Il y aura une guerre en Europe. Pensez-vous vraiment que ce cas semble important.?»

Le 20 septembre 2014, Mikhaïl Khodorkovski a relancé La Russie ouverte lors d'une une conférence en ligne. L'organisation vise à réunir des citoyens, vivant à l'intérieur et à l'extérieur de la Russie, qui partagent les valeurs européennes d'un État fort, dynamique et prospective fondé sur des institutions démocratiques efficaces et la primauté du droit.

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Alekseï Navalni

Un autre adversaire de Vladimir Poutine, le célèbre blogueur Alexeï Navalni, a également été habilement éliminé. Navalni, qui a été nommé Personnalité de l'année par le journal d'affaires russe Vedomosti en 2009, était connu pour ses blogs et ses initiatives d'émancipation civile. Un de ses stratégies, par exemple, existait en devenant actionnaire minoritaire dans plusieurs grandes entreprises d'état russes. En tant qu'actionnaire, il espérait obtenir de l'information qui lui permettrait de rendre les actifs financiers et la structure financière de ces entreprises plus transparentes. Navalni a été arrêté et condamné à plusieurs reprises pour quelques semaines de prison pour avoir participé à des manifestations.

Le 10 juillet 2013, quand il allait s'inscrire comme candidat pour le poste de maire de la ville de Moscou, Navalni a été arrêté sous les yeux de nombreux de spectateurs et la presse. Le 17 juillet, sa candidature a été officiellement acceptée. Le lendemain, cependant, le 18 juillet 2013, il a été condamné à cinq ans de camp de prison lors d'un procès dans la ville de Krilov. L'acte d'accusation a été encore plus absude que dans le cas de Khodorkovski et Lebedev. Selon le juge, Navalni aurait vendu 10.000 mètres cubes de bois de la compagnie de l'état KirovLes sous la valeur quand il était conseiller de Nikita Yurievitch Belych (°1975), le gouverneur de l'oblast Kirov en 2009. En faisant cela, il aurait pincé 400,000 euros. Le verdict de la cour correspondait mot pour mot à l'accusation du procureur, à l'exception de la punition. Le procureur avait demandé six ans de camp de travail.

Le soir du verdict, des milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues de Moscou et d'autres grandes villes en Russie, en dépit de l'interdiction formelle des manifestations. Grâce à ces réunions, et peut-être aussi en raison de la pression internationale, une nouvelle surprenante sortit du bleu le lendemain: à l'initiative du procureur, Navalni a été libéré sous caution. Il est libre de nouveau en attendant la décision en appel.

Il a été suggéré que, avec la libération, le gouvernement russe a voulu offrir à Navalni une dernière chance de s'échapper. Le journaliste et militant des droits humains Alexandr Pinkhosovitch Podrabinek, co-signataire de la Déclaration de Prague, a suggéré sur le site Web de l'Institute of Modern Russia que les autorités ont manqué le moment où Navalni aurait pu être assassiné sans publicité. Le Kremlin voudrait le voir émigrer. Ils souhaiteraient qu'il essaie d'échapper à la cour en cherchant l'asile politique quelque part. Dans ce cas, il ne pourrait pas retourner en Russie sans risquer une punition.

En février 2014, Alexeï Navalni et son frère Oleg ont été poursuivis pour le détournement de fonds et blanchiment d'argent suite à une plainte déposée par Bruno Leproux, le directeur général de la filiale russe du producteur de cosmétiques et marques de beauté français Yves Rocher. Ils ont été accusés de détourner plus de 26,7 millions de roubles ou 540.000 de dollars de la filiale russe Yves Rocher Vostok entre 2008 et 2012. Malgré le fait qu'Yves Rocher France a nié qu'ils ont eu des pertes, Navalni a été mis en résidence surveillée le 28 février 2014, et interdit de communiquer avec quelqu'un d'autre que sa famille, après avoir été accusé d'avoir enfreint les restrictions de voyage.

Puis ont suivi deux événements surprenants. Tout d'abord, l'annonce du verdict avait été prévu pour le 15 janvier 2015. À cette date, les sympathisants avaient prévu des manifestations dans de nombreuses villes. Non seulement en Russie, d'ailleurs. Dans de nombreuses villes en Europe et aux États-Unis, les partisans de Navalni avaient prévu des manifestations devant les portes des magasins et des bureaux d'Yves Rocher. Mais le 29 décembre 2014, le juge a soudainement annoncé qu'elle annoncerait le verdict le lendemain, le 30 décembre 2014. La deuxième surprise a été qu'Alexeï Navalni a eu seulement 3,5 ans de prison avec sursis, alors que son frère Oleg a été condamné à 3,5 ans de prison et a été arrêté après l'annonce du verdict. L'on pourrait avoir l'impression que, en punissant le frère d'Alexeï plus fort, les autorités russes ont voulu mettre de la pression psychologique supplémentaire sur la famille des Navalni dans une autre tentative de les réduire au silence.


Sergueï Magnitski

Si vous pensiez que c'était l'exemple le plus absurde, alors vous avez tort. Le 11 juillet 2013, la tribunal du district de Tver a condamné Sergueï Leonidovitch Magnitski (1972-2009) pour avoir détourné 230 millions de dollars. Détail macabre: Magnitski était déjà mort depuis trois ans et demi. Le 16 novembre 2009, il est mort dans une cellule de la prison Boutyrka à Moscou. Il était déjà onze mois en prison sans procès, et devrait donc être libéré huit jours plus tard, conformément à la loi russe.

Sergueï Magnitski était un avocat qui a travaillé pour le compte de Bill Browder (°1964), le propriétaire américain de Hermitage Capital Management, un fonds d'investissement à Londres, spécialisé dans le marché russe. Magnitski avait découvert que, sous la garde du ministre russe de l'Intérieur et de hauts fonctionnaires des impôts, un système a été mis en place par lequel 230 millions de dollars ont été volés du fonds.

Le 4 juin 2007, 20 agents du fisc ont fouillé le bureau de Browder à Moscou, et les documents qu'ils ont confisqué ont été utilisés pour changer la société de propriétaire et pour la transformer en une entreprise lourdement déficitaire. Le nouveau propriétaire s'est avéré être un certain Victor Aleksandrovitch Markelov (°1967), un meurtrier condamné qui avait été libéré deux ans plus tôt. Peu de temps après ce raid, la société avait fait tant de pertes qu'elle avait droit à un remboursement d'impôt de 230 millions de dollars. Le 24 décembre 2007, cette somme a réellement été remboursée... au «nouveau propriétaire».

Browder a contacté le gouvernement russe avec les conclusions de Magnitski, et a exigé que l'argent serait retourné, non pas au Hermitage, mais au peuple russe, et que les coupables seraient poursuivis. Le gouvernement russe a effectivement lancé une poursuite, quoique... non pas contre les officiers de police et les fonctionnaires qui ont été impliqués dans le vol. Non, au contraire, Magnitski a été accusé d'avoir détourné 17 millions de dollars, et Browder ne pouvait plus accéder à la Fédération de Russie.

Sergueï Magnitski a été transféré à la prison Boutyrka, l'un des centres de détention les plus mal famés en Russie. Il a été régulièrement privé de soins médicaux.

Une commission d'enquête officielle, qui a été commandé par le président Dmitri Medvedev, a démontré en juillet 2011 que l'acte d'accusation du procureur contre Magnitski était une fabrication. Le comité a également révélé que sa mort était due à l'absence de soins médicaux, et a même trouvé des preuves de torture.

Bill Browder a alors commencé à faire du lobbying aux Etats-Unis, et avec succès. Le 14 décembre 2012, le président Barack Obama a signé la Loi Magnitski. Cette loi interdit accès aux États-Unis et l'utilisation du système bancaire américain à tous les responsables de la mort de Magnitski.

Le gouvernement russe a réagi à son tour. Le 28 décembre 2012, le tribunal du district de Tver a jugé que les médecins de la prison Boutyrka ne pouvaient pas être imputées, et le décédé Magnitski a été déféré à la justice. Il a été jugé coupable. Lorsque les avocats de Magnitski ont dit qu'ils voulaient se pourvoir en appel, le gouvernement russe a répondu par la déclaration laconique que «les morts ne peuvent pas se pourvoir en appel».


Certains sont autorisés à soutirer de l'argent

Le 29 mars 2001 à 22h00, un homme et une femme ont été arrêtés qui avaient essayé de passer la frontière avec la Suisse à la poste de douane Bietingen, près de Gottmadingen, en Allemagne. Ils portaient un sac à main et une mallette avec des documents et des disquettes. La femme s'appelait Tamara Rouditch (°1959), et elle était une biologiste moléculaire. Le nom de l'homme était Oleg Lototski(°1962), l'ami et partenaire d'affaires de Madame Rouditch. Ils ont dit qu'ils étaient sur un voyage d'affaires à Zurich. Le poste douanier de Bietingen n'est pas sur les routes normales vers la Suisse, il ya des rarement des individus qui passent par là.

Les documents qu'ils portaient ont montré des transactions d'une valeur de 5 milliards de dollars sur six banques, dont Credit Suisse, Deutsche Bank, ABN AMRO Bank et la Banque de Chypre. Le rapport qui a été soumis par les douanes à l'Office central de lutte contre la criminalité financière de Baden-Wurtemberg, a stipulé que le signataire autorisé était Vladimir Vladimirovitch Poutine, en ce moment président de la Fédération de Russie.

Pour autant que nous savons, Vladimir Poutine n'a pas été interrogé au sujet de cet incident, et il est toujours un homme libre.


Revenez, Mikhaïl Boulgakov

Les cas de Navalni et Magnitski ont provoqué beaucoup de réactions, non seulement en Russie mais dans le monde entier. Le 20 juillet 2013, Denis MacShane, l'ancien ministre des Affaires européennes du Royaume-Uni, a écrit: «Where are you Mikhail Bulgakov when we need you?»


Pas devant le tribunal, mais dans la rue

Beaucoup d'opposants au régime de Vladimir Poutine n'ont pas été traduits en justice, mais immédiatement tués dans la rue. En particulier des journalistes qui ont écrit des articles critiquant le régime, ont souvent été brutalement assassinés. Pas moins de 144 journalistes ont été tués entre 1999, l'année où Poutine a entamé sa première présidence, et 2014. L'une d'eux était Anna Politkovskaïa, sur laquelle vous pouvez lire plus ici.


Boris Nemtsov

Un autre opposant au régime qui a perdu la vie de manière violente était Boris Yefimovitch Nemtsov (1959-2015).

Nemtsov est entré en politique au cours de la tentative de putsch contre l'ancien dirigeant soviétique Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev (°1931) en août 1991. Il a organisé la résistance des citoyens contre les soldats insurgés dans la défense de l'édifice du Parlement. Le coup a échoué et Nemtsov a été remarqué et intégré dans l’équipe de l'ancien président russe Boris Eltsine. En tant que gouverneur de sa ville natale de Nijni-Novgorod, et à partir de 1997 en tant que vice-premier ministre et ministre de l'Énergie, il a joué un rôle majeur dans la privatisation des anciennes entreprises d'Etat communistes.

En 1998, il a dû démissionner et il a fondé le parti de l'Union des forces de la droite libérale. Il fût un leader de l'opposition libérale au président Vladimir Poutine. En 2004, il a soutenu la Révolution orange en Ukraine et il fût conseiller économique de l'ancien président ukrainien Viktor Andriyovytch Iouchtchenko (°1953), dont le visage fit gravement défiguré à la suite d'un empoisonnement à la dioxine pendant la campagne électorale.

Boris Nemtsov a été assassiné dans le centre de Moscou, le vendredi 27 février 2015 à moins de 100 mètres du Kremlin. Il avait 55 ans. Un tireur non identifié a tiré Nemtsov quatre fois dans le dos quand il se promenait à travers le Bolchoï Moskvoretski Most, un pont près du Kremlin. Il est mort quelques heures après qu'il avait fait un appel pour protester contre la guerre en Ukraine à une manifestation de masse le dimanche suivant. Quelques jours avant l'assassinat, il avait déclaré dans une interview qu'il craignait que le président voulait sa mort pour son opposition à la guerre. L'endroit où l'assassinat a été commis, et où votre webmaster a passé tous les jours quand il habitait à Moscou, est infestée de caméras de vidéosurveillance. Par conséquent, il doit y avoir des images de ce qui se est passé. Il est frappant que le ministre russe de l'Intérieur Vladimir Alexandrovitch Kolokoltsev (°1961), est arrivé immédiatement après les événements à la scène du crime pour «superviser personnellement l'enquête».

En 2013, Mentsov a publié Jeux olympiques d'hiver dans une zone subtropicale, un rapport sur la corruption et les abus impliqués dans l'organisation des Jeux olympiques d'hiver 2014 à Sotchi. L'ancien Président de la Géorgie, Mikheil Saakashvili, (°1967) a déclaré à CNN qu’au moment de sa mort, Nemtsov était en train de travailler sur un rapport sur la participation de la Russie dans le conflit avec l'Ukraine. «Il a préparé une annonce sur l'Ukraine», Saakachvili a déclaré. «Il voulait montrer au public russe ce qui se passe là-bas réellement.» Cela peut avoir été fatal pour Nemtsov. Aleksandr Ryklin, un de ses amis a dit: «Celui qui défend l'Ukraine est considéré ces jours comme un traître par les médias russes Une ambiance est créée dans laquelle tout le monde qui est en désaccord avec Poutine est un traître. Ce qui est certainement vrai quand il se agit de l'Ukraine... ».

La Russie nie officiellement que ses soldats se battent en Ukraine. Pourtant, des soldats russes sont tués chaque jour dans cette «guerre non déclarée». Leurs corps sont retournés en Russie dans des camions en tant que Груз 200 [Grouz 200] ou Cargo 200, le nom de code utilisé en Russie pour des cadavres quand ils sont transportés du champ de bataille. Nemsov a été assassiné le vendredi, 27 février 2015 dans le centre de Moscou, peu de temps après il avait annoncé qu'il allait publier un rapport détaillé sur l'implication de la Russie en Ukraine sous le titre Путин. Война. [Poutine. Voina] ou Poutine. Guerre. Après sa mort, ses collègues ont finalisé le rapport et ils l'ont distribué via Internet.

Ici vous pouvez télécharger le rapport de Boris Mentsov [ru]



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