Andrei Fokitch Sokov

Français > Personnages > Personnages à Moscou > Andrei Fokitch Sokov

Contexte

Andreï Fokitch Sokov est le buffetier du théâtre des Variétés. Après le spectacle chaotique il veut voir le directeur du théâtre des Variétés, Stepan Bogdanovitch Likhodieïev, parce que l'argent qu'il avait reçu pour les consommations au bar du théâtre avait changé en des bouts de papier. Mais, évidemment, il n'a pas trouvé Likhodieïev dans l'appartement 50, mais Woland et son escorte. Dans un dialogue angoissant ils se plaignent du bryzna, du thé et de l'esturgeon et en passant ils ont annoncé à AndreÏ Fokitch que, neuf mois plus tard, en février de l'année prochaine, il mourra d'un cancer du foie, à la clinique du quartier de l’Université, salle 4. Il va trouver un médecin, le professeur Kouzmine, qui apprendra, à son tour, que l'argent que Sokov a utilisé pour lui payer, changait en étiquettes des bouteilles de vin Abrau-Durso.

Et oui, neuf mois plus tard, Andreï Fokitch Sokov meurt d'un cancer du foie à la clinique du quartier de l’Université, salle 4...


Prototype

Andreï Fokitch Sokov joue un rôle secondaire dans le roman. Mais n'est-ce pas typique et même essentiel pour les barmans? Son nom «Sokov» n'est pas une coïncidence. Le mot russe сок [sok] signifie jus. Соков [Sokov] pourrait être traduit comme jucieux.

Sokov en tant que tel n'a pas de véritable prototype. L'annonce de sa mort et sa visite au professeur Kouzmine après, ont seulement été dictées par Boulgakov à son épouse Elena Sergueïevna le 15 janvier 1940. Cela a tout à voir avec des événements qui se sont produits juste avant dans la vie personnelle de Boulgakov lui-même.

En septembre 1939, lors d'un voyage à Leningrad, Mikhaïl Boulgakov perdit la vue et, en tant que médecin, il réalisa immédiatement que cela pouvait être un symptôme de la néphrosclérose, la maladie de laquelle son père était mort. Le 15 septembre 1939, il appelle son ami, le médecin Andreï Andreïevitch Arendt (1890-1965), le fondateur de la neurochirurgie pour enfants en Union soviétique. Arendt l'envoit au neuropathologue Mikhaïl Youlevitch Rapoport (1891-1967). Celui-ci renvoya Boulgakov à Miron Semionovitch Vovsi (1897-1960), un spécialiste des maladies des reins et du foie, qui a examiné Boulgakov le 17 septembre 1939.

Vovsi était connu pour ne pas toujours être attentif à l'éthique médicale, surtout quand il s'agit d'exprimer son diagnostic. Il a immédiatement dit à Elena Sergueïevna que Boulgakov mourrait dans les trois jours. Boulgakov ne mourra que sept mois plus tard, mais la rencontre avec Vovsi le déconcerte, et le 15 janvier 1940, il dicte la scène du buffetier Sokov et sa rencontre avec le professeur Kouzmine à sa femme Elena Sergueïevna.


Des commentaires mémorables

Certaines des phrases du dialogue tentant entre Sokov et les visiteurs diaboliques sont devenues des expressions populaires dans la vie quotidienne en Union soviétique tout de suite après la première publication du Maître et Marguerite. Un d'entre elles est Осетрину прислали второй свежести [Osetrinou prislali vtoroï svejesti] ou l'esturgeon de deuxième fraîcheur. C'était commun dans l'Union soviétique de classifier des choses au niveau de la qualité, pour que les catégories moindres pourraient quand-même avoir un nom positif.

Au 19ème siècle il existaient déjà des expressions comme «des œufs partiellement frais». En 1895, George du Maurier (1834-1896) avait publié un dessin humouristique dans le magazine brittanique Punch avec le titre La vraie humilité. Un vicaire semblant timide prend le petit déjeuner dans la maison de son évêque, mais l'œuf qu'il a reçu n'est pas vraiment frais. L'Évêque dit: «Je crains que vous avez un mauvais œuf, M. Jones». Apparemment, en essayant d'éviter d'offenser son supérieur, le vicaire répond: «Oh, non, Monseigneur, je vous assure que certaines parties sont excellentes!»

Une autre expression de ce dialogue qui est devenu très populaire était бином Ньютона [binom Nioutona] ou le théorème du binôme de Newton. C'est une formule mathématique assez complexe développée par Isaac Newton (1643-1727) donnant l'expansion de pouvoirs de sommes. Selon l'escorte de Woland n'importe quoi est plus facile que le théorème du binôme de Newton, même la prédiction de la mort de quelqu'un.



Partager cette page |