La maison Spaso

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La Maison Spaso se situe près de l'Arbat, à la place Spasopeskovskaïa no. 10. Depuis 1933, la maison est la résidence de l'ambassadeur américain à Moscou.

Au 17ème siècle, l’environnement de la maison Spaso était le quartier des chasseurs et des fauconniers royaux. La maison et la place où elle est située portaient le nom d'une église orthodoxe-russe très charmante à proximité: Церковь Спасителя [Tserkov Spasitelïa] ou l'Église du Sauveur.

En 1914, au début de Première Guerre mondiale, la maison a pris son apparence actuelle conformément aux souhaits du négociant et industriel riche Nikolaï Aleksandrovitch Vtorov (1866-1918). Les architectes Vladimir Dmitrievitch Adamovitch (1872-1941) et Vladimir Matveïevitch Maïat (1876-1954) ont construit la maison de campagne dans le style du Nouvel Empire, avec un intérieur impressionnant. L'énorme hall a plus de 20 mètres de longueur et est caractérisé par un énorme lustre de cristal russe. Après la révolution, en 1920, le nouveau gouvernement soviétique a exproprié la maison et a commencé à l’utiliser pour des affaires officielles. Le premier nouveau locataire était le Commissaire du Peuple pour les Affaires étrangères.


Les réceptions de William Bullitt

En 1933 les États-Unis d'Amérique et l'Union soviétique ont établi des relations diplomatiques de nouveau. Après la révolution d'octobre - au 7 novembre 1917 - les États-Unis n'avaient pas reconnu le gouvernement bolchevique et exactement un an plus tard, le 7 novembre 1918, ils ont rappelé leur ambassadeur. L'ambassade à Moscou a été fermée définitivement le 14 septembre 1919. Mais en 1933 un nouvel ambassadeur a été installé: le William Bullit mentionné ci-dessus. Le gouvernement soviétique l'avait proposé trois résidences possibles. Il a choisi pour la Maison Spaso. En mars 1934 il a emménagé et en 1935 la nouvelle salle de bal a été finie. En été 1934 les premiers réceptions ont été organisées - elles auraient vite une réputation spéciale.

Ce n'est pas une coïncidence que le bal de Woland se situe ici. Boulgakov a assisté à certaines des réceptions ici. Après que l'ambassadeur William Bullit (1873-1953) avait regardé le spectacle Les Jours des Tourbine dans le Théâtre d'art de Moscou, il a invité Boulgakov à plusieurs occasions aux soirées conviviales. Des gens de l'ambassade américaine ont visité les Boulgakov dans leur appartement et Boulgakov a été invité à des festins glorieux.


La réception de Noël en 1934

Une des réceptions les plus notoires organisées par William Bullitt dans la Maison Spaso était la réception de Noël en 1934. Charles Wheeler Thayer (1910-1961), un des employés de l'Ambassade, l’a décrit en couleurs vives dans son livre Bears in the Caviar (1951). L'ambassadeur Bullitt, qui n'était pas vraiment impressionné par le «circuit des soirées» dans le Moscou de Staline, avait ordonné à son personnel d'organiser une réception unique pour la colonie américaine à Moscou. «Faites quelque chose de bien», at-il dit. «Ils ont resté assez longtemps sans une véritable fête». Mais Bullitt a été rappelé à Washington pour des consultations avec le président et son conseiller, John Cooper Wiley (1893-1967), devait fonctionner comme hôte à sa place.

À la réception, soudainement les lumières supérieures étaient éteintes et les invités ont vu trois grands lions de mer noirs ramper de la salle de bains dans le hall de réception: Micha, Choura et Liouba. Le premier tenait un petit arbre de Noël en équilibre sur sa truffe, l'autre un plateau avec des verres et le troisième une bouteille de champagne. Ils ont même joué L'internationale sur accordéon. Un moment donné l'entraîneur des animaux du cirque de Moscou, qui avait bu un verrre de trop, se foulait le pied. «Les artistes» ont sentis tout de suite qu'ils étaient libres et ont causé une bagarre réelle. Le personnel de l'ambassade a eu beaucoup de difficultés à attraper des animaux pour les mettre dans le camion pour les ramener au cirque d'où ils sont venus.

Mais sur la route, les animaux ont continué à fournir un divertissement. La moitié du chemin, Liouba a réussi à sauter du camion. En hiver, les rues de Moscou lissent comme la glace d'un patinoire, donc Liouba était dans son élément quand elle s'ébattait sur le boulevard. La moitié des effectifs de la police du district de l'Arbat a été déployé pour la chasser vers les bords de la rivière de Moscou, où ils ont pu l'attraper.


Le Festival du printemps de 1935

Quelques mois plus tard, le personnel de l'ambassade ne semblait pas avoir beaucoup appris de l'expérience avec les lions de mer à la réception de Noël. Au printemps de 1935, William Bullitt a de nouveau été rappelé à Washington, et avant son départ il a de nouveau demandé que, trois jours après son retour, une réception soit organisée. La fête devrait être mieux que quoi ce soit à Moscou - avant ou après la Révolution. «The sky's the limit», ou «Le ciel est la limite», at-il dit, «du moment que ce soit bon et différent». Irena, la femme du conseiller John Wiley, a suggéré de l'appeler le Festival du Printemps.

Presque chaque membre important du Politburo a été présent à cet évènement, ainsi que la crème-de-la-crème de l'élite artistique, y inclus Mikhaïl Boulgakov et son épouse Elena Sergueïevna Chilovskaïa (1893-1970)

Le personnel de l'ambassade a engagé quelques centaines de pinsons rares, un petit ours, des coqs et d'autres animaux de la ferme, un orchestre de Prague, des fleurs d'Helsinki, du paté de Strasbourg, un danseur d'épée de Tbilisi et beaucoup plus de choses inhabituelles pour impressionner les invités soviétiques.

Les animaux, empruntés du zoo de Moscou, ont causé beaucoup de tumulte. L'ours, qui n’était pas trop propre, a ruiné l'uniforme du général soviétique Alexander Ilich Iegorov (1883-1939), et des centaines de pinsons, pas propres non plus, ont volé bruyamment dans les chambres avec de hauts plafonds pendant la réception et les jours après.

Elena Sergueïevna a décrit le Festival du Printemps de 1935 comme suit dans son journal:

«Je n'ai jamais vu un tel bal de ma vie. Tous portaient l'habit, il n'y avais que quelques vestons et smokings.

On dansait dans une salle à colonnes éclairée par des flots de lumière provenant d'une galerie; derrière une grille qui les séparait de l'orchestre, il y avait des faisans vivants et d'autres oiseaux. Nous avons dîné à de petites tables dans une énorme salle à manger avec, dans un coin, des oursons vivants, des chevreaux et des coqs en cage. Pendant le dîner, des musiciens jouaient de l'accordeon.

Dans la salle où nous avons dîné, la table où on avait disposé était recouverte d'un tissu vert transparant et éclairé de l'intérieur. Il y avait des brassées de tulipes et de roses. Je ne parle pas de l'abondance de nourriture, de champagne. À l'étage (c'est un grand et luxueux hôtel particulier) on avait aménagé une salle avec un grill pour les chachliks. Des danseurs y exécutaient des figures sur des chants caucasiens.

Nous avons voulu quitter les lieux à trois heures et demie mais on ne nous a pas laisser partir. Nous sommes parti à cinq heures et demie dans une des voitures de l'ambassade. Un certain Steiger, je crois, un homme que nous ne connaissons pas mais que tout Moscou connaît et qu'on rencontre toujours là où il y a des étrangers, est monté avec nous dans la voiture. Il a pris place à côté du chauffeur et nous, derrière. Il faisait déjà jour quand nous sommes arrivés chez nous.»

L'homme Steiger dont elle parle était Boris Sergueïevitch Steiger (1892-1937), «le mouchard» qui était le prototype pour Baron Meigel dans le roman.

Cliquez ici pour lire le rapport de Charles Thayer sur les réceptions


Commémoration

Le 29 octobre 2010, l'ambassadeur américain John Beyrle a organisé un Bal enchanté à la Maison Spaso, pour marquer le 75ème anniversaire du Bal de printemps légendaire de l'ambassadeur William Bullitt en 1935.

Regardez la vidéo de ce bal, réalisé par Vitali Mendeleïev


Métro: Смоленская
(Smolenskaya)



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