13. Apparition du héros

Français > Le roman > Annotations par chapitre > Chapitre 13

Le titre

Le titre russe est Явление героя (Yavleniye geroya). Le mot Явление (Apparition) est souvent utilisé dans la Bible quand Christ se montre aux gens ou à ses disciples.

Au visage rasé...

Le Maître est présenté comme "un homme de trente-huit ans environ, au visage rasé, aux cheveux noirs, au nez pointu, avec des yeux inquiets et une mèche de cheveux qui pendait sur son front". Boulgakov lui-même avait 38 ans en 1929. Certains lecteurs reconnaissent Nikolai Vasilievitch Gogol (1809-1852) dans cette description. Gogol a brûlé le manuscrit de la deuxième partie de son roman Les Âmes Mortes.

On est dans la même cabane

Le verbe utilisé par Boulgakov dans le texte russe est Сидим (sidim) ce qui signifie nous sommes assis, mais également nous sommes en prison.

Je suis incapable de supporter le bruit

L'aversion du Maître pour le bruit et le tapage reprend presque littéralement les mots de Wagner dans Faust.

Mes vers ne vous plaisent pas ?

Le Maître déteste la poésie d'Ivan sans jamais l'avoir lu. C’est le commentaire de Boulgakov  sur la piètre qualité et la nature non originale de la poésie soviétique acceptée - et donc publiée - par les autorités. En conséquence, si Ivan est publié et réputé, cela signifie qu'il ne peut pas être bon!

Vos vers sont bons? - Ils sont monstrueux !

Boulgakov écrit, en effet, Чудовищны ou monstrueux. Même Ivan est conscient que ses poèmes officiellement approuvés ne sont pas bien. Le traducteur anglais Michael Glenny l'a interprété un peu mal. Il a traduit la réaction d'Ivan comme stupendous (surprenant).

Des devises dans une bouche d’aération, Pouchkine, Kouroliessov

Boulgakov présente de nouveau un caractère sans nous dire de qui il s'agit. L'explication suivra dans le chapitre 15. Kouroliessov est l'acteur qui récite des extraits du Chevalier Avare du poète russe Pouchkine dans le songe de Nicanor Ivanovitch.

Le critique Latounski

Le critique Latounski est probablement une allusion à un des ennemis inlassables de Boulgakov, le président du Comité de Répertoire Théâtral (Glavrepertkom) Olaf Semenovitch Litovski (1892-1971).

Cliquez ici pour lire une description complète de ce personnage

Mstislav Lavrovitch

Lavrovitch est une parodie de Vsevolod Vitalievitch Vichnevskii (1900-1951), un auteur et dramaturge qui était un rival de longue date de Boulgakov. Il a fait interdire la production de ses pièces de théâtre Бег (Le Vol) et Мольер (Molière).

Cliquez ici pour lire une description complète de ce personnage

L'opéra "Faust"

Boulgakov mentionne son opéra préféré ici, ailleurs dans le roman il utilise simplement des détails, ou des références indirectes. Mais ça ne suffit pas dans cette situation-ci, parce qu'Ivan ne semble pas avoir compris les allusions qui pourraient lui faire comprendre qu'il a rencontré le diable à L'étang du Patriarche.

Une toque noire où était brodée en soie jaune la lettre "M"

La lettre “M” reflète une autre lettre qui apparaît seule dans ce chapitre. Une page avant Ivan a déjà parlé d’un "M" inversé: le "W" de Woland - "J’y suis, j’y suis ! …un "W". Aïe, aïe, aïe ! c’était donc ça!", siffla Ivan après l'allusion du Maître à Faust. Le Maître se montre à Ivan de face et de profil, afin de bien convaincre celui-ci qu’il est le Maître. Boulgakov lui-même avait une telle toque.

Je n’ai plus de nom

Le nom du Maître n'est jamais révélé dans le roman. "Je n'ai plus de nom" signifie aussi: “j'ai perdu mon identité”.

Dans le film The Master and Margareth (1972) le réalisateur Aleksandar Petrovic fait, à mon humble opinion, une grosse erreur impardonnable en donnant un nom au Maître. Personnellement je pense vous ne devriez pas le faire, mais vous pouvez faire connaissance avec lui en cliquant ici.

Un jour, il gagna cent mille roubles avec une obligation de l’État

Des loteries étaient organisées par le gouvernement soviétique pour financer diverses activités. Une façon de le faire était par l'émission d'obligations publiques. On "demandait" aux citoyens d'acheter des obligations publiques au travail. Souvent il y avait une loterie raccordée aux émissions par laquelle quelques obligations pouvaient faire gagner une somme importante d'argent. Parce qu'il n'y avait pas beaucoup d'endroits sûrs, le Maître gardait son obligation dans la corbeille de linge sale.

Rue Miasnitskaïa

La Мясницкая улица (Miasnitskaïa ulitsa) ou la rue des Bouchers, raccorde la place Loubïanka avec la place Tourgenevskaïa, près de Tchistïe Proudi. Entre 1935 et 1990 elle était appelé la rue de Kirov.

Deux pièces au sous-sol d’une petite maison enfouie dans un petit jardin

Pendant la période de la Nouvelle Politique économique (NPE) il était permis aux personnes privées de construire et posséder de petites maisons. En 1927 Boulgakov a loué deux ou trois pièces d'un tel propriétaire - ont les appelait застройщик (zastroïstchik) ou entrepreneur.

Cliquez ici pour lire plus sur le sous-sol du Maître

Une entrée où il y avait même un évier pour l’eau

Quelques bâtiments plus vieux à Moscou n'avaient pas encore d'eau courante. Le Maître est très content de son évier - il le mentionne "avec une fierté particulière". La raison de cette fierté est dans le fait que dans les appartements communaux dans ce temps il y avait seulement des éviers dans les pièces partagées: la cuisine et la salle de bains. Ainsi, à la différence de la plupart des gens, le Maître pouvait se laver en privé.

Dans le film [Est] Ouest (1999) réalisé par Régis Warnier on peut regarder comment les pièces dans un appartement communal étaient attribuées.

Cliquez ici pour regarder un extrait du film [Est] Ouest

Les derniers mots du roman

“…Le cinquième procurateur de Judée, le chevalier Ponce Pilate ». Il y a des désaccords sur la question si Pilate était le cinquième ou le sixième procurateur. Boulgakov s’est décidé pour le cinquième et a utilisé exactement les mêmes mots pour finir Le Maître et Marguerite.

Il y avait restaurant remarquable, place de l’Arbat

Le restaurant remarquable est sans doute le Praga, à Arbat no. 2, le premier bâtiment que vous voyez quand vous vous promenez vers l'Arbat venant de la station métro Arbatskaya. À l'origine il y avait un restaurant fréquenté par les chauffeurs de taxi et connu comme Braga. En 1896 le bâtiment entier a été acquis par le négociant Piotr Semenovitch Tararykin grâce à un pari qu'il avait gagné en jouant au billard avec sa main gauche. Il a investi énormement dans la rénovation du restaurant, en faisant appel à l'architecte Lev Nikolaïevitch Kekouchev (1862-1916/1919). Les meilleurs chefs de Moscou, Olivier et Testov ont travaillé ici. Après la révolution c'est devenu un cafétéria assez ordinaire, ensuite au cours des années '30 une cantine spéciale pour les gardes de corps de Staline. Aujourd'hui c'est de nouveau un restaurant assez cher et élégant avec neuf grandioses salles à manger et des plus petites pièces privées séparées.

Un bouquet d’abominables, d’inquiétantes fleurs jaunes

Bien que le nom des fleurs jaunes que Marguerite porte n'est pas spécifié dans la Première Partie du roman, elles seraient immédiatement reconnues par les Moscovites de la période soviétique comme des mimosas, les premières fleurs du printemps, importées du Sud.

Il est probablement significatif que les mimosas et le personnage de Marguerite sont seulement clairement identifiés dans la Deuxième Partie. Les fleurs de Marguerite sont un symbole de misère; jaune était la couleur des cliniques et les bâtiments publics étaient peints en couleur jaune sombre. Le terme la maison jaune signifiait aussi la maison des fous. Mais jaune est aussi la couleur de latraîtrise - on n'offre jamais des fleurs jaunes à un amant en Russie.

Dans le feuilleton Mistrz i Malgorzata le réalisateur Maciej Wojtyszko montre clairement que le Maître n'aime pas les mimosas.

Cliquez ici pour regarder le rencontre du Maître et Marguerite

Elle allait quitter le boulevard de Tver pour prendre une petite rue

Quand Boulgakov et Elena Sergeïevna ChilovskaÏa se sont rencontrés ils sortaient d’une fête à Bolchoï Gnezdnikovski pereulok (juste à côté du boulevard de Tver) pour se promener dans les rues de Moscou.

Cliquez ici pour lire plus sur cet endroit

Tverskaïa

Tverskaïa ulitsa ou le boulevard de Tver est toujours la rue principale de Moscou. Elle a changé souvent de nom: Gorki ulitsa, ensuite Tverskaïa de nouveau, après Kalinin, et maintenant de nouveau Tverskaïa ulitsa ou rue de Tver.

Page suivante des Annotations chapitre 13



Partager cette page |