17. Une journée agitée

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Vassili Stepanovitch Lastotchkine

Vassili Stepanovitch Lastotchkine, le comptable du théâtre des Variétés est un homme modeste et silencieux qui, à l'improviste, par la disparition des autres directeurs, semble maintenant être le membre aîné de l'équipe du théâtre. Ce qu'il regrettera à la fin du chapitre…

Sur deux rangs, s’agglutinait une longue queue qui s’allongeait jusqu’à la place Koudrinskaïa

La place Koudrinskaïa à Moscou est située à l'intersection de Sadovaïa Koudrinskaïa oulitsa (la continuation de Bolchaïa Sadovaïa oulitsa) et Bolshaïa Nikitskaïa oulitsa. Ainsi il y avait deux rangs s’agglutinant une longue queue effectivement, d’environ un kilomètre.

Le fameux Tambour

Le chien de la police dans le version russe ne s’appelle pas Tambour, mais Тузбубен [Touzboubien]. Туз signifie as et бубен signifie carreaux. Touzboubien ou As de carreaux est probablement un nom étrange pour un chien de la police, mais nous ne devons pas chercher loin pour trouver l'explication. C'est une parodie d'un chien réel prérévolutionnaire réputé de la police appelé Треф [Tref], ce qui signifie Trèfles.

Dans les archives de Boulgakov on a trouvé une coupure de journal du Pravda du 6 novembre 1921, sur des expériences de Vladimir Ilitch Lénine (1870-1924) dans l'été de 1917, quand il a dû s'enfuir en Finlande pendant quelque temps. Dans cet article de presse nous pouvons lire que non seulement le contre-espionnage et les inspecteurs de la police ont été impliqués dans l'action pour dépister Lénine, mais aussi des chiens, parmi lequels le chien réputé de la police Tref.

Valand

Valand - ou Faland - est en fait la forme allemande du nom de Woland qui apparaît dans le Faust de Goethe.

Des billets de trois roubles?

Comme dans le chapitre 12 le tchervonets russe est traduit ici comme un billet de dix roubles. Des billets de trois roubles, par contre, est une traduction correcte du mot Трешки [trechki].

Dans la conversation entre Vassili Stepanovitch Lastotchkine et le chauffeur de taxi, Boulgakov joue de nouveau avec le tchervonets «douteux» et le rouble «solide». Le chauffeur refuse d'accepter des tchervontsi, mais une trechka - un billet de trois roubles - est acceptée volontiers.

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Une étiquette d’eau minérale

Dans le texte russe original Boulgakov ne parle pas d’eau minérale ordinaire. Il mentionne aussi la marque. Les étiquettes sont des bouteilles du Вода минерала нарзан [Voda minerala Narzan] ou l'eau minérale Narzan. Depuis 1894 cette eau est embouteillée à Kislovodsk, une ville dans la région de Stavropol en Ukraine.

Dans le temps de Boulgakov l'eau de Narzan était associé à cette ville de recours ensoleillée dans le Caucase Nord depuis plus d'un siècle, comparable avec l'eau de Spa en Belgique ou Vittel en France. Mais dans le chaos de la Russie post-communiste, la vieille usine éminente a dû se vouer à la production du bazar bon marché. Les falsificateurs ont essayé de ratiboiser l'étiquette de Narzan

Quand le communisme s'est effondré, Narzan avait un actif immatériel dont la plupart des autres entreprises domestiques pouvaient seulement rêver - un nom de marque pré-révolutionnaire, une réputation établie et un produit de qualité. Mais pour tout le reste Narzan ressemblait à n’importe quelle autre compagnie émergeant de l’économie centralisée. Quand les ordres réguliers de l'état se sont asséchés, on a été forcé d’orienter la production aux produits visés aux consommateurs de masse: du vin fortifié bon marché et des pantoufles.

C'était une vraie dégringolade en comparaison avec l’époque où la compagnie faisait des livraisons spéciales au chef soviétique souffrant Vladimir Ilitch Lénine (1870-1924) au cours des années 1920. Pour rendre la situation encore pire, l'équipement de Narzan commençait à se désintégrer, et les investissements étaient inexistants. Mais les choses peuvent s'améliorer: aujourd'hui Narzan est une compagnie avancée. Un directeur formé aux États-Unis, Viatcheslav Sinadski (°1967), a été engagé pour développer une stratégie et pour attirer des capitaux de banques occcidentales. La compagnie dépasse maintenant son pic soviétique en produisant 70 millions de litres par an et revient sur les tables de l'élite de la nation, le Kremlin compris.

La Commission des spectacles

La Commission des spectacles présidée par Petrovitch est sans doute le Государственного объединения музыки, эстрады и цирка (ГОМЕЦ) [Gosousarstvennogo obedinenia mouzyki, estrady i tsirka] (GOMEC) ou l'Union d'État pour les Entreprises de Music-hall, Concerts et Cirque, qui se trouvait dans le bâtiment du Vieux Cirque au Tsvetnoi boulvar no. 13, où l'on trouve le Cirque Iouri Nikouline aujourd'hui.

La veste et le pantalon sont là, mais dans la veste, rien de rien!

Boulgakov a écrit ces scènes au même temps que les auteurs Ilia Ilf (1897 1937) et Yevguéni Petrov (1903-1942) ont écrit Le Veau d'or, où il y a une scène semblable avec un costume vide. La source pour les deux peut avoir été l'Histoire d'une Ville écrit par Mikhaïl Yefgrafovitch Saltykov-Chtchédrine (1826-1889). Ce livre a été publié en 1869-1870 et c'était une parodie de l'histoire russe, dans le microcosme d'une ville de province, dont le nom - Глупов [Gloupov] - était représentatif des qualités de ces dirigeants, puisque Gloupov signifie Ville folle.

Les dirigeants de Gloupov peuvent être distingués l'un de l'autre seulement par le degré de leur incompétence, mais en même temps l'Histoire d'une Ville est aussi une attaque sur le peuple russe pour sa passivité vis-à-vis de leur propre destin.

Procha

Anna Richardovna est la secrétaire de Prokhor Petrovitch. Elle appelle son patron Procha, ce qui est assez inconvenant dans un cadre de travail.

Un chat, tout noir, et gros comme un hippopotame

Boulgakov montre ici comment Béhémoth a reçu son nom. Hippopotame en russe est Бегемот [Bégémot].

L’annexe de la Commission, rue Vagankov

Dans la rue Vagankov, il n'y a jamais eu de bureau qui s’est occupé de l'amusement, mais Boulgakov aura dû venir régulièrement dans cette rue pour visiter le Roumiantsiev ou la Bibliothèque Lénine. La rue prend son nom de ваганить [vaganit], un mot du dialecte dans le genre de clown ou jeu l'imbécile. Les bouffons du tsar (les skomorokhi) habitaient ici.

Ô mer sacrée, glorieux Baïkal

Cette chanson de prison sur le lac de Baikal en Sibérie était très populaire après la Révolution. Le titre est Славное море, священный Байкал [Slavnoïe morie, sviachtchenni Baikal] ou Mer sacrée, glorieux Baïkal.

Slavnoïe morie est une chanson qui a été imaginé par des prisonniers du camp de prison Nertchinsk en Sibérie vers 1850. La chanson était basé sur le poème Думы беглеца на Байкале [Doumi begletsa na Baikalie] ou L'âme du Fugitives dans le Baïkal, qui a été écrit en 1848 par Dmitri Pavlovitch Davydov (1811-1888). Il existe de nombreuses versions différentes de la chanson, parce que le texte original du poème a été souvent modifié et généralement raccourcie considérablement. Ici vous pouvez voir comment la chanson a été chantée par les employés de la Commission des spectacles dans la série télévisée Mistrz i Małgorzata de Maciej Wojtyszko (° 1946) de 1990.

Cliquez ici pour voir comment les employés de la Commission chantent Ô mer sacrée

Les lecteurs de la traduction en anglais Michael Glenny et les lecteurs de la traduction néerlandaise de Marko Fondse peuvent se demander pourquoi cette chanson est mentionnée ici, puisque ni Glenny ni Fondse n'étaient très exacts à ce point. Fondse remplacé la chanson par une chanson d'enfants néerlandaise, et Glenny a substitué Mer sacrée, glorieux Baïkal allègrement par Эй ухнем [Eï Oukhnem] ou la Chanson des Bateliers de la Volga, aussi connu comme la Chanson des Bourlaks de la Volga. C'est une autre chanson traditionnelle russe bien connu représentant la souffrance du peuple dans la profondeur de la misère dans la Russie tsariste. En 1866, cette chanson a été publiée dans la Collection des chants folkloriques russes, un livre de Mili Balakirev Alexeïevitch (1836-1910). Elle a été à la position de numéro un dans les charts américains en 1941 dans la version de Glenn Miller (1904-1944), mais ce n'est pas la chanson que Boulgakov a décrit.

Il est possible que Boulgakov a eu l'idée de cette scène par un évènement dans sa vie privée décrit par Elena Serguïevna Chilovskaïa (1893-1970) dans son journal intime. Le 18 décembre 1934, Ruben Nikolaïevitch Simonov (1899-1968) avait visité leur maison avec d'autres membres du Théâtre Vakhantov. Simonov était un acteur qui avait joué un rôle dans L'appartement de Zoïa. Il était venu pour écouter une lecture de Jourdain le fou, une adaptation que Boulgakov avait fait du comédie-ballet Le Bourgeois gentilhomme par Jean-Baptiste Molière (1622-1673). Après la conférence, ils étaient allés à l'appatement de Simonov où l'acteur, ensemble avec le metteur en scène et pédagogue Yosif Mateïevitch Rapoport (1901-1970), avait chanté la chanson По диким степям Забайкалья [Po dikim stepiam Zabaikalia] ou Sur les steppes sauvages de la Transbaïkalie. C'est aussi une chanson créée par des exilés en Sibérie, avec des paroles qui sont attribuées à l'écrivain biélorusse Ivan Kouzmitch Kondratiev (1849-1904). Cette chanson est également connu comme Бродяга [Brodiaga] ou L'errant, et les paroles ont également été souvent modifiées et raccourcies considérablement. Elle a été publiée et enregistrée au début du 20ème siècle

Simonov et Rapoport doivent avoir diverti leur auditoire particulièrement bien cette nuit, car ils ont représenté une version hilarante de L'errant. Ils ont complété des paroles qu'ils avaient oubliées avec leurs propres interprétations.

Au bureau 6

Le bureau 6 est une référence à Salle numéro 6, une histoire populaire écrite par Anton Pavlovitch Tchekhov (1860-1904) en 1892 sur un asile d'aliénés où une réalité construite entre en collision avec la vie réelle.

Chilka et Nertchinsk

Chilka et Nertchinsk sont tous les deux des villes sur le fleuve Chilka à l'est du Baikal, connus comme lieux d'exil. Nertchinsk est plus particulièrement connu comme le lieu d'origine de la chanson Mer sacrée, glorieux Baïkal.

«Chilka et Nertchinsk...» sont les premiers mots de la troisième verset de Mer sacrée, glorieux Baïkal:

«Chilka et Nertchinsk ne me font plus peur...
Les gardiens de la montagne ne savent pas me rattraper».

Des gouttes de valériane

Les gouttes de valériane sont distillées à partir de la Valeriana officinalis ou l'héliotrope. Ces gouttes sont toujours utilisées comme un sédatif léger pour calmer l'anxiété et le coeur.

Lermontov

Mikhaïl Iourievitch Lermontov (1814-1841) était un poète et romancier lyrique de la génération après Alexandre Serguïevitch Pouchkine (1799-1837). L’oeuvre de Lermontov montre son aversion pour l’oppression du peuple par les tsars. C'est pour cela qu'il a été souvent en conflit avec les autorités. Lermontov n’était absolument pas apprécié par la cour de justice. En 1837, il a écrit le poème Mort d'un poète comme une réaction à la mort de Pouchkine. Le tsar Nicolas I (1855-1796) ne l'aimait pas du tout et et l’envoya en exil dans le Caucase. Inspiré par son expérience, Lermontov a écrit son chef-d'œuvre, le roman Un héros de notre temps (1840).

En février 1841, il a demeuré au sanatorium Piatigorsk pendant quelques mois. Là il a été impliqué dans un duel avec son co-officier Nikolaï Solomonovitch Martynov (1815-1875). Lermontov a taquiné Martynov impitoyablement jusqu'à ce que ce dernier ne pouvait plus le supporter. Le 25 juillet 1841 Martynov a provoqué son bourreau en duel. La confrontation a eu lieu deux jours plus tard au pied du mont Matchouk. Lermontov aurait fait savoir qu'il allait tirer dans l'air. Martynov a été le premier à tirer et il a visé directement dans le cœur, tuant son adversaire sur place. Le 30 juillet Lermontov a été enterré, sans honneurs militaires. Des milliers de gens ont assisté à la cérémonie. Certains disent que Martynov avait ordre de la cour pour provoquer le duel et tuer Lermontov.

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Fanov et Kossartchouk, les deux lèche-bottes bien connus de l’annexe

Je ne sais pas (encore) s’il existe un prototype réel pour ces personnages. Фан [fan] signifie supporter et un Косарь [kosar] est un hachoir.

L’argent étranger

Il peut être étonnant qu'ici, parmi les dollars canadiens, les livres anglaises et les guldens hollandais, Boulgakov qualifie aussi les lats lettoniens et les kroons estoniens comme «argent étranger». Tant la Lettonie que l'Estonie étaient des républiques soviétiques. Mais entre les deux guerres mondiales - la période où Boulgakov a écrit Le maitre et Marguerite - les états Baltes étaient indépendants et avaient leurs propres devises.



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