12. La magie noire et ses secrets révélés
Le titre
Dans le titre russe du chapitre 12 le mot разоблачение (razoblatsyenye) est utilisé pour indiquer “ses secrets révélés”. Littéralement cela veut dire deshabiller ou devêtir. Ce mot est composé par la préposition раз- (raz-), ce qui signifie “dé-“ ou "de-" et le verbe облачить (oblachit), ce qui signifie quelque chose comme s'habiller ou accoutrer. Nous verrons que les vêtements - et se trouver sans vêtements de nouveau - joueront un rôle important dans ce chapitre.
La famille Giulli
Dans les années ‘30 le Труппа Польди (la compagnie Poldi) - le nom d'artiste de la famille Podrezov - montrait ses trucs de bicyclette dans le Music-hall de Moscou. Sur les affiches de ce temps peuvent être reconnus le petit homme en chapeau melon jaune et la blonde sur une selle perchée tout en haut d’un long mât métallique monté sur une roue.
Où il était parti
Naturellement, Rimski savait très bien où Varienoukha était parti - Il l’y avait envoyé lui-même pour que "eux" puissent se débrouiller - mais il n'ose même pas penser au nom de la police secrète.
Mais pour quel motif?
Varienoukha n'est pas rentré de l'endroit mentionné. Ce qui fait supposer qu'il a été arrêté évidemment. Mais Rimski hésite à "les" appeler, puisque ce n'est pas une autorité que l'on contacte spontanément. Parce que, un jour, cela pourrait se retourner contre lui-même.
Cet événement - désagréable, certes, mais non surnaturel
De nouveau l'humour de Bulgakov ici se moque de la réalité soviétique. Les téléphones, même de nos jours, sont extrêmement douteux en Russie.
Bengalski
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Un fauteuil
Au théâtre, Woland est installé dans un fauteuil, tout en regardant les spectateurs, ce qui est un renversement de ce que nous attendons. Et effectivement, les Moscovites dans l'audience finissent par faire plus de spectacle que Woland lui-même.
La population moscovite n’a-t-elle pas changé considérablement?
Dans une situation normale une telle question ne serait pas considérée comme offensante, mais dans l'Union soviétique sous Staline il était condidéré comme très subversif de la poser. Selon la ligne du Parti communiste, les gens de l'Union soviétique étaient arrivés dans l'utopie du Communisme. Ils étaient des nouveaux hommes et femmes. L'homo sovieticus était une espèce tout à fait différente des autres êtres humains. Il travaillait plus, il savait plus et il était plus heureux que les autres. Pour Boulgakov il était dangereux de poser cette question.
Sans le poker
Le poker, comme d'autres jeux de cartes, n'était pas apprécié du tout par les Soviets. Cela a changé radicalement après l'effondrement de l'Union soviétique. Moscou et d'autres villes aussi, est essaimé avec des casinos. À la fin de 2006 certains d'entre eux ont été fermés parce qu'ils étaient liés à la Mafia Georgienne.
Béhémoth
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Une cicatrice bizarre qui avait abîmé son joli cou
Gretchen - la "Marguerite" du Faust de Goethe -, avait exactement la même marque que Hella dans la scène de la Nuit de Walpurgis.
Guerlain, Mitsouko, Narcisse Noir, n° 5 de Chanel
Évidemment les vêtements et les parfums Parisiens étaient complètement inaccessibles à la femme soviétique moyenne. Il est amusant de voir comment les noms des marques de parfum, qui pour les Russes sont incompréhensibles mais séduisants, sont tous écrits phonétiquement dans le texte russe de Boulgakov. Il écrit “Герлэн, шанель номер пять, мицуко, нарсис нуар” ce qui n’est pas une phrase russe, mais une phrase françaises en charactères russes. Le mot noir, par exemple, n’est pas traduit comme черный (tchernij), ce qui est noir en russe, mais est écrit нуар (nouar). Comme le mot коктейль (kokteïl) dans платья коктейль (robes de cocktail).
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Cré nom, mais oui! C’est des vrais! Des billets de dix!
Les traducteurs français du Maître et Marguerite - comme leurs collègues néerlandais et français - ont manifestement manqué la satire de Boulgakov ici. Parce qu’ils ont traduit ce qui suit::
Tandis que ses voisins se poussaient pour mieux voir, le citoyen ahuri s’efforçait d’ouvrir un coin de l’enveloppe pour voir s’il s’agissait de vrais billets de dix roubles ou d’argent ensorcelé.
Puis des exclamations joyeuses partirent de la galerie - Cré nom, mais oui! C’est des vrais! Des billets de dix!.
Boulgakov n'a pas écrit roubles pourtant, il a utilisé une autre unité monétaire utilisée dans la période soviétique, le tchervonets - en pluriel tchervontsi. Une traduction correcte aurait été:
Puis des exclamations joyeuses partirent de la galerie - Cré nom, mais oui! C’est des vrais! Des tchervontsi!
Boulgakov n'utilise le terme de billets de dix roubles nulle part dans Le Maître et Marguerite. Il écrit toujours червонец (tchervonets), ce qui donne une dimension complètement différente à la question si les billets étaient “de vrais billets d’argent ensorcelé”. Le tchernovets était en effet la nouvelle unité monétaire présentée par le gouvernement soviétique en 1922 pour arrêter l'hyperinflation et pour préserver le marché financier du chaos pendant la guerre civile. La valeur des premiers nouveaux billets d'un tchervonets correspondait à dix roubles.
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Arcadi
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La masse des spectateurs exige des explications
"La masse des spectateurs" est du jargon typiquement soviétique. Simpleïarov pose sa propre question à lui mais il la présente comme si c'était la demande de la masse. Théoriquement les gens ou les masses devraient pouvoir contrôler tout.
La Commission pour l’acoustique [aux Étangs propres]
Le traducteur français a laissé tombé les mots на Чистых прудах (aux Étangs propres) dans sa traduction. Il n'y avait pas de Commission pour l'Acoustique dans l'Union soviétique, mais l'indication des Étangs propres nous apprend que Boulgakov a probablement trouvé son inspiration à l'Управления театральных зрелищных предприятий ou le Directorat des Entreprises de Théatre et de Spectacle du Commissarfiat du Peuple pour l'Éclaircissement (UTZP). Le bureau de cette organisation était situé à Tchistïe Proudi (les Étangs propres).
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Le rôle de Louise
La jeune relation d’Arcadi réfère au personnage de Louise Miller de la pièce de théatre Kabale und Liebe (Intrigue et Amour), écrit par le dramaturge et l'auteur allemand Friedrich Schiller (1759-1805). La pièce, représentée pour la première fois en 1784 à Francfort, était une certitude dans les répertoires de théâtres soviétiques.
Les paroles de cette marche
Ces mots sont l'adaptation très libre de Boulgakov d'une chanson d'un vaudeville de 1839, écrit par Dmitriï Timofeïevitch Lenskiï (1805-1860). Le titre de cette pièce était Лев Гурыч Синичкин, или Провинциальная дебютантка ou Lev Gouritch Sinitchkin, ou une débutante provinciale. C'est l'histoire d'un vieil acteur qui veut désespérément offrir un rôle important dans le théâtre à sa fille douée. Mais la prima donna puissante de la compagnie de théâtre, une femme avec un mauvais caractère et un grand réseau de relations, l'encombre. Après beaucoup d'efforts héroïques et des malentendus amusants le rêve du vieil homme se matérialise finalement, et l'actrice vedette provoque un scandale avec son patron. Ce vaudeville a aussi été représenté de 1924 à 1931 à Moscou au théâtre de Vakhtangov sur l’Arbat, à côté de l'appartment que Boulgakov a décrit dans sa pièce de théâtre L'appartement de Zoika.
En 1974, le réalisateur Alexandre Belinsky (1928) a fait un film pour la télévision basé sur ce vaudeville - Лев Гурыч Синичкин (Lev Gouritch Sinitchkin). Les rôles principaux étaient joués par Nikolai Trofimov et Galina Fedotova.
La chanson Son Excellence que Boulgakov décrit dans Le Maître et Marguerite n'a pas exactement le même texte que dans le vaudeville original. Ci-dessous, vous pouvez lire les deux versions - en haut vous pouvez lire les mots originaux de Dmitri Lenskiï et au-dessous de l'adaptation de Boulgakov.
| Original (russe) |
Original (traduction Jan Vanhellemont) |
| Его превосходительство Зовет ее своей И даже покровительство Оказывает ей. |
Son Excellence L'appelle la sienne Et lui offre même Sa protection. |
| Version de Boulgakov (russe) |
Version de Boulgakov (traduction Claude Ligny) |
| Его превосходительство Любил домашних птиц И брал под покровительство Хорошеньких девиц!!! |
Son Excellence monsieur le baron Aimait les oiseaux en cage Et prenait sous sa protection De jolies fillettes bien sages ! |
Cliquez ici pour regarder la chanson dans le film d'Alexandre Belinsky
Cliquez ici pour regarder comment Boulgakov l'a transformée
Chapitres
- Introduction
- 1 Ne parlez jamais à des inconnus
- 2 Ponce Pilate
- 3 La septième preuve
- 4 Poursuite
- 5 Ce qui s'est passé à Griboïedov
- 6 La schizophrénie, comme il a été dit
- 7 Un mauvais appartement
- 8 Duel d'un professeur et d'un poète
- 9 Les interventions de Koroviev
- 10 Des nouvelles de Yalta
- 11 Le dédoublement d'Ivan
- 12 La magie noire et ses secrets révélés
- 13 Apparition du héros
- 14 Gloire au coq!
- 15 Le songe de Nicanor Ivanovitch
- 16 Le supplice
- 17 Une journée agitée
- 18 Des visiteurs malchanceux
- 19 Marguerite
- 20 Le crème d'Azazello
- 21 Dans les airs
- 22 Aux chandelles
- 23 Un grand bal chez Satan
- 24 Réapparition du maître
- 25 Comment le procurateur tenta de sauver...
- 26 L'enterrement
- 27 La fin de l'appartement 50
- 28 Les dernières aventures de Koroviev...
- 29 Où le sort du Maître et de Marguerite...
- 30 Il est temps! Il est temps!
- 31 Sur le Mont des Moineaux
- 32 Grâce et repos éternel
- Épilogue





