18. Des visiteurs malchanceux (suite)

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Frac, ou veston noir

Le 29 mars 1935, Boulgakov et sa femme ont reçu une invitation à une réception qui serait organisée à la résidence de l'ambassadeur américain. Il y avait une note ajoutée à l'invitation, disant: «frac, ou veston noir». Dans son journal intime, Elena Sergueïevna Chilovskaïa (1893-1970) a écrit à ce sujet: «Micha s’inquiétait parce qu’il croyait que la note était seulement ajoutée pour lui. Et j'ai essayé tout pour vite ‘créer’ un habit approprié. Mais le tailleur ne pouvait pas trouver la juste étoffe et il a dû aller en costume».

Cette réception du 23 avril a inspiré Boulgakov pour décrire le Grand bal de Satan dans le chapitre 23. À la fin de cette réception, Boulgakov et son épouse ont rencontré le Steiger précité pour la première fois: «Nous sommes partis à cinq heures et demie avec une voitures de l'ambassade. Avec nous dans la voiture était un homme que nous ne connaissions pas, mais qui est connu par le tout Moscou. Il semble que son nom est Steiger. Il était assis à côté du chauffeur et nous étions sur le siège arrière».

Un frac ou veston noir et des chaussures en cuir sont également les vêtements prescrits pour les frères de loge dans la maçonnerie. Plus tard dans le roman, au Grand bal de Satan, tous les invités masculins seront habillés de cette façon.

L'intérêt de Boulgakov pour la franc-maçonnerie pourrait être expliqué par le fait que, en 1903, Afanasi Ivanovitch Boulgakov (1859-1907), théologien et historien de l'Église, et le père de Mikhaïl Afanasievitch, avait écrit un article sur La franc-maçonnerie moderne dans sa relation avec l'église et l'état, qui a été publié dans Les actes de l'Académie théologique de Kiev. Boulgakov fait référence à la franc-maçonnerie à plusieurs endroits dans le roman.

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Les vitres de couleur des hautes fenêtres, la table recouverte d’une nappe d’autel de brocart

Beaucoup de maisons à Moscou au tournant des siècles avaient des vitraux, mais la maison où Boulgakov ait vécu n'en avait pas. L'atmosphère semblable à l'église prépare le lecteur au bal ou la messe noire qui suivra dans le chapitre 23.

En 1926, deux ans avant Boulgakov a commencé à écrire Le maître et Marguerite, plusieurs francs-maçons ont été arrêtés dans l'Union soviétique, la plupart à Leningrad, où six loges ont été ont été découverts par la police secrète. Une des personnes arrêtées, l'avocat Boris Viktorovich Kiritchenko (1883-1941?), qui a utilisé le pseudonyme de Boris Viktorovitch Astromov. Dans le rapport de la police secrète Guépéou, l'on peut lire la description suivante: «L'intérieur de la loge maçonnique serait un atout pour n'importe quel musée. Nous avons vu des vieux portraits des grands francs-maçons qui appartiennent dans les rangs des adeptes du génie. Nous avons vu des lampes secrets de 300 ans, des noeuds astraux, les vrais anneaux de Cagliostro, des résines indiennes et des encens japonais, les os clés des jésuites, des sculptures Tangar, des tapisseries brodées d'or bleu, et même le serment original d'allégeance à la maltaise chevaliers, signé par Paul I.»

Dans une version antérieure du Maître et Marguerite, des objets similaires ont rempli l'appartement à Sadovaïa: beaucoup de tapis, un calice d'or sur un piédestal pour les saints dons, le soutane catholique noir de Woland, fait de brocart d'or avec des croix inversées, et un chat aux yeux turquoises assis sur un canapé. Et Sokov, le chef de buffet du Théâtre des variétés, a vu, au lieu d'une icône, «une image avec un contenu sacré».


Le service religieux des obsèques

Boulgakov utilise le terme панихида [panikhida]. Une panikhida est un service spécial de l'Église orthodoxe pour la commémoration des morts, tenu entre la mort et l'enterrement. Une panikhida peut être célébré à tout autre moment convenable aussi, comme six mois après la mort ou à l'anniversaire du décès. Beaucoup de chrétiens Orthodoxes offrent une panikhida chaque année à l’occasion de l'anniversaire d'un décès d’une personne aimée, dans un certain sens pour fêter leur «anniversaire» dans la vie éternelle.


La brynza n’est jamais verte!

La brynza est un fromage de chèvre fabriqué principalement en Slovaquie, en Roumanie et en Moldavie, mais aussi en Pologne, dans l'Ukraine, la Hongrie et une partie de la Moravie. Ce fromage est crémeux, riche et saumâtre, et il y a tout un gamme allant de doux et tartinable jusque demi-sec et friable.


De l’esturgeon de deuxième fraîcheur

L’esturgeon de deuxième fraîcheur ou, en russe: Осетрину прислали второй свежести [Osetrinou prislali vtoroï svejesti] est devenu une des nombreuses expressions populaires du Maître et Marguerite de Boulgakov après sa première publication. C'était commun dans l'Union soviétique de classifier des choses dans les groupes de qualité, par quoi les moindres catégories pourraient en tout cas avoir un image positif.

Au 19ème siècle il existaient déjà des expressions comme «des oeufs partiellement frais». En 1895, George du Maurier (1834-1896) avait publié un dessin humouristique dans le magazine brittanique Punch avec le titre La vraie humilité. Un vicaire semblant timide prend le petit déjeuner dans la maison de son évêque, mais l'oeuf qu'il a reçu n'est pas vraiment frais. L'Évêque dit: «Je crains que vous avez un mauvais oeuf, M. Jones». Apparemment, en essayant d'éviter d'offenser son supérieur, le vicaire répond: «Oh, non, Monseigneur, je vous assure que certaines parties sont excellentes!»


Une coupe de vin?

L'interrogatoire de Sokov dans l'appartement de Woland nous rappelle également des tests auxquels les francs-maçons sont soumis avant d'être accepté comme Chevalier Kadosh ou Chevalier de l'Aigle Blanc et Noir, le 30ème degré dans le Rite écossais ancien et accepté. Ils sont jugés sur leur attitude envers les sept péchés capitaux: l'orgueil, l'avarice, la luxure, l'envie, la gourmandise, la colère et la paresse. Sokov, qui ne bois pas de vin et qui ne semble pas intéressé par les femmes, montrant cependant des signes de l'avarice, et se mit en colère quand Woland lui a demandé s'il allait mourir. Il échoue donc le test et ne verra pas la lumière.


Aussi simple que le binôme de Newton!

L'expression бином Ньютона! [binom Newtona!] ou le théorème du binôme de Newton! est également devenu très populaire dans la langue russe après la première publication du roman. Dans ce qui suit vous verrez que n'importe quoi est plus facile que le théorème du binôme de Newton, même la prédiction de la mort de quelqu'un.

Le théorème du binôme de Newton est une formule mathématique assez complexe dévéloppée par Isaac Newton (1643-1727) pour trouver le développement d'une puissance entière. Il s'agit d'une formule qui généralise les identités remarquables étudiées en classe de troisième.


Hella

Boulgakov a trouvé le nom d'Hella dans le Энциклопедический словарь Брокгауза и Ефрона - le Dictionnaire Encyclopédique de Brockhaus et Efron, un oeuvre contenant 86 volumes, qui peut être considéré comme l'équivalent russe de l'Encyclopaedia Brittanica. Sous le lemme Чародейство [tcharodeistvo] ou magie, il avait lu que Hella était le nom donné aux filles qui sont mortes trop tôt et qui sont devenues des vampires après.

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Un béret de velours orné d’une plume de coq défraîchie

Lorsque le buffetier quitte l'appartement, il découvre qu'il porte un béret de velours orné d’une plume de coq défraîchie. C'est nettement inférieur au «chapeau de feutre noir aorné d’une plume d'autruche sur la gauche» qui devrait être porté par les Chevaliers Kadosh selon les règles des rituels maçonniques.


Le béret fit «miaou», se changea en petit chat noir

Pour ce détail Boulgakov a été inspiré par le roman Московский чудак [Moskovski choudak] ou Moscou excentrique par l'auteur russe Boris Nikolaïevitch Bugaïev (1880-1934), mieux connu par son pseudonyme Andreï Biely.

Dans Moscou excentrique, le professeur entêté Korobkine met un chat sur sa tête au lieu de son béret de pelage. Le prototype du personnage de son professeur Korobkine était son propre père, Nikolai Vasilievitch Bugaïev (1837-1903), qui était un mathématicien russe proéminent. Son père était un caractère mémorable avec une vie pleine de scandales. Il n'était pas admiré beaucoup pour son apparence, mais sa femme était ravissante, belle et riche et les Bugaïev étaient des membres proéminents de la société.


Le professeur Kouzmine

Comme Annouchka, Kouzmine est un personnage de la vie réelle de Boulgakov, dont il n'a pas changé le nom dans Le maître et Marguerite. Kouzmine est l'un des médecins qui ont traité Boulgakov à la fin de sa vie.


Une petite maison blanche

La pharmacie mentionné dans Le maître et Marguerite appartenait à un certain Rubanovski et était situé dans la Bolchaïa Sadovaïa oulitsa no. 1. La maison dans laquelle Boulgakov situe le cabinet du professeur Kouzmine était un peu plus loin, au no. 5, où, en réalité, Elena Sergueïevna Chilovskaïa (1893-1970), la troisième femme de Boulgakov, a vécu. Les deux bâtiments ont été démolis pour la contruction de l'Hôtel Pékin, l'un des plus grands hôtels de Moscou. Le vrai médecin Kouzmine a vécu dans Koudrinskaïa oulitsa no. 28


Le professeur Bourié

Je ne sais pas (encore) s’il existe un prototype réel pour ce personnage.


«Alléluia!»

C'est la deuxième apparence de cette chanson dans le roman. Ce charleston écrit par Vincent Youmans (1898-1946) apparaît trois fois dans le roman.

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Sur un rythme syncopé

Le mot syncopé vient du verbe grec συγκόπτω [synkopto], ce qui signifie abréger. Dans la musique, le terme, tout comme le terme contretemps, est perçue par l'auditeur comme un déplacement de l'accent attendu. La syncope peut être considérée comme un élément rythmique en conflit avec la mesure. Elle peut également être obtenue par l'attaque d'un accord (et non d'une seule note) sur un temps faible prolongé sur un temps fort. On parle alors de syncope d'harmonie. Cet effet est contraire aux lois esthétiques de l'harmonie classique.


(je ne plaisante pas!)

C'est une des rares fois que le narrateur fait des observations directes sur ce qui arrive. Comme si le lecteur, qui a déjà avalé des décapitations, des hypnoses de masse et beaucoup plus de choses diaboliques, maintenant, tous les soudains, risque ne pas croire «qu'un moineau a chié dans l’encrier que le professeur avait reçu en cadeau».


L’office des sangsues médicinales

La sangsue médicinale Hirudo medicinalis et ses congénères Hirudo verbana, Hirudo troctina et Hirudo orientalis, était utilisée comme un moyen de saignée. La sangsue était mise sur la peau et suçait le sang du patient. Après cela le sang était poussé de la sangsue dans le but d'éviter qu’elle devienne saturée. Une diagnose était faite sur basé d’une analyse du sang. La sangsue médicinale produit une substance, l’hirudine qui anticoagule. Dans le passé les sangsues pourraient être librement achetées dans les pharmacies. Dans quelques grands états américains et en Asie ils sont toujours utilisés. Moins que dans le temps de Boulgakov, évidemment. Entre 1829 et 1836 par exemple, 6 millions de sangsues étaient utilisées annuellement aux hôpitaux à Paris, pour prendre presque 85.000 kg de sang des patients chaque année!

Ironiquement, la médecine moderne a de nouveau une utilisation pour les sangsues médicinales. Ils fournissent un moyen efficace pour réduire la coagulation du sang, pour soulager la pression de sang, surtout après la chirurgie plastique et pour stimuler la circulation après des opérations de réattachement des organes avec un flux sanguin critique, comme les couvercles d'oeil, les doigts et les oreilles.

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